Mar 012016
 

L'oral de rattrapage

→ L’oral de philosophie (la méthode)

Pour commencer, il faut venir avec :

  • 2 exemplaires de l’oeuvre : il y en a un pour l’examinateur.
  • la liste (format A5) que j’ai remise en fin d’année (vous pouvez l’imprimer en cliquant ici : ne vous trompez pas de série.).

Vous avez 20 minutes de préparation et autant pour l’épreuve proprement dite.

Ce qu’il faut éviter : réciter un mémo appris par coeur qui ne va pas du tout s’occuper de l’extrait choisi par l’examinateur.

Il faut donc vraiment consacrer les 20 minutes à préparer l’explication linéaire de l’extrait :

  1. Repérer les 6 éléments qui vont cadrer votre explication : thème, problème, thèse, distinction principale, plan et enjeu.
  2. Pour chaque « moment » du texte, formuler une difficulté : à minima de compréhension ; mais essayer de problématiser.

Voici le « timing » de l’épreuve :

  • Introduction (1 mn) : situation de l’extrait dans l’oeuvre (le thème général de l’oeuvre + le thème de l’extrait)
  • Le but est d’arriver à une question, celle dont traite précisément l’extrait.
  • Lecture (2mn) de l’extrait (ce n’est pas tant le « ton » qui importe que le « rythme » : il doit indiquer que vous comprenez la construction du texte).
  • Le plan du texte (1mn).
  • Pour chaque « moment » de l’extrait : repérer, formuler et discuter une difficulté de compréhension (2 mn pour chaque « moment »)
  • Conclure sur le sens général du texte par rapport à l’oeuvre complète et par rapport à une grande notion du programme (1mn)

Tout cela a pris un peu plus de 10 mn ; l’examinateur va maintenant vous interroger à partir de votre explication (il peut rester à l’extrait ou vous interroger sur les notions du programme).

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→ Le texte : téléchargez ici.

→ Plan légèrement commenté du texte :

Le thème général du texte est celui de la compétence en démocratie. Le problème est qu’en apparence, tous les citoyens n’ont pas la même compétence. La thèse de l’auteur consiste à affirmer qu’en tant qu’être humain, quand il s’agit de voter « sur son sort », personne n’a le droit de le faire à ma place, et donc qu’en matière de « vie », chacun est aussi compétent qu’un autre : voilà quelle est la légitimation/justification du principe démocratique 1 homme = 1 voix.

1- Les paradoxes du suffrage.

§1 : Compétence et incompétence : faut-il défendre la thèse du philosophe-roi de Platon (qui réserve le Pouvoir à ceux qui ont le savoir = la compétence) ?  Le « vote plural » consiste à accorder plusieurs voix à une seule et même personne.

§2 : Le nivellement des convictions dans le vote : 1 homme = 1 voix. La démocratie majoritaire au risque de l’opinion (démagogie et rhétorique politique). Voilà le problème : le vote va trancher une discussion, et à ce moment-là, il n’y a plus de différence entre un avis réfléchi et une opinion reçue → voilà le « principe du vote » (il faut bien à un moment arrêter de discuter et il faut trancher).

§3 : Le compromis du vote : la démocratie organise le conflit ; le vote est une violence détournée ; il n’y a pas de vote définitif et chacun espère prendre sa revanche au prochain vote. La position de Gide est celle du tout ou rien (qui est le contraire du compromis démocratique) et en ce sens elle n’est pas démocratique. Bien sûr le vote majoritaire est une forme de « loi du plus grand nombre » (puisque c’est la majorité qui gagne), donc une forme de « droit du plus fort » (ici, c’est le nombre qui fait la force ») mais cette violence n’est pas brute, elle est encadrée, juridiquement, démocratiquement et surtout elle repose sur l’idée (libérale ← individu défini par sa liberté de conscience, par les opinions qui sont les siennes, dont il est propriétaire) que l’opinion de tout homme vaut bien celle de n’importe quelle autre homme.

2- Les pseudo-suffrages.

Cette seconde étape – aporétique – repose sur les relations entre majorité et minorité dans le vote. Pour les révolutionnaires, toujours minoritaires, le vote majoritaire est une tragédie pour les idées qu’ils veulent imposer. Pour les conservateurs, la minorité, source de violence, doit être « tenue en respect » → dans ce cas, le vote majoritaire n’a que faire du respect des minorités (alors que c’est là une définition tout à fait valable de la démocratie, comme régime où la loi protège réellement le faible contre le fort). Dans une démocratie, la minorité n’a pas le pouvoir, mais elle conserve des droits en tant que minorité.

§§4-8 : le duel de sourds entre révolutionnaires minoritaires d’avant-garde et conservateurs majoritaires d’arrière-garde ne peut aboutir qu’à la tyrannie (« jamais régime communiste n’a été librement accepté » ce qui l’amène soit à se contredire en consultant démocratiquement ses opposants soit à les supprimer ; la majorité de l’ordre n’a qu’à « tenir en respect » la minorité ce qui une manière de ne pas lui accorder de respect).

§5 : Les révolutionnaires et les conservateurs ont en commun de refuser le vrai jeu de la démocratie. Mais il est vrai que la dilution libérale du consensus mou et de l’anesthésie généralisée est une violence : le juste milieu entre le rien et le tout n’est pas le libéralisme.

§6 : La position apolitique et misanthrope de Gide semble être la seule qui ne tombe pas dans les contradictions (des extrêmes ou du faux juste milieu) qui finissent par faire le jeu de la violence.

3- Permettre un véritable suffrage dans une véritable démocratie.

C’est dans cette dernière et troisième étape que Merleau-Ponty va tenter de sortir des paradoxes et des apories dénoncés précédemment : le coeur de cela c’est « la question des autres ». Voilà le problème : comment, à la fois, se « mêler des affaires des autres » sans « prendre la place des autres » ? La solution est d’affirmer que la concierge est sur un point aussi compétente que n’importe qui : c’est sur sa propre vie, sur son sort, son malheur et son bonheur (c’est dans le « despotisme » que le Souverain prétend faire le bonheur des sujets à leur place).

§11 : En tant que misanthrope, Gide a tort. A cause d’un paradoxe au coeur même de la nature humaine : la vérité est à la fois ce qu’il y a « de plus valable » et la source du fanatisme. Cela n’est compréhensible que parce que l’homme ne possède pas la vérité idéale alors même qu’il a un idéal de vérité. A quoi est dû cet écart ? L’homme n’est pas un dieu, il vit avec les autres hommes, dans la pluralité et malgré cette pluralité ou à cause d’elle il ne peut vivre sans les autres et ne peut s’empêcher de se mettre à leur place.

§12-13 : La réalité de la réalité, le vécu humain de la vie humaine. Aussi inculte que chacun puisse être, il n’en reste pas moins dans son extrême individualisme le seul juge de son sort ; or c’est cela la réalité (matérielle, matérialiste) de la politique, la vie vécue de chacun. Pour celui qui est à la recherche d’une vérité politique, il y a là une certitude indubitable. Merleau-Ponty procède ici à une sorte de scepticisme politique méthodique : après avoir rejeté les doctrines traditionnelles, il va découvrir dans la compétence de chacun sur sa vie un point d’Archimède pour penser la validité de la politique.

§14 : Le vote est une action pratique (la praxis est le « roc » de la politique). « La majorité n’a pas toujours raison, mais on ne peut avoir raison à la longue contre elle. » En politique, il ne s’agit donc pas d’avoir raison (comme le prétendent toutes les doctrines dogmatiques) mais de ne pas avoir tort. La vérité absolue n’existe pas en politique (en science non plus et exactement pour les mêmes raisons), l’homme politique doit plus modestement tenter d’éviter l’erreur ; l’erreur, la faute ce n’est pas à lui d’en juger, c’est à celui qui est le bénéficiaire ou la victime de sa politique. De même qu’il n’y a de vérité scientifique que sous le contrôle de l’expérimentation, il n’y a de vérité politique que sous le contrôle de l’expérience de la majorité.

§15 : Comment entendre alors la « voix » de la majorité dans ce qu’elle a de compétent alors que cette majorité est composée d’individus dont le « domaine préservé de certitudes siennes » est menacé par l’illusion idéologique ?

§16 : La comédie du libéralisme qui en prétendant refuser les extrémismes est tombée dans le piège de la société dépolitisée.

§17 : les conditions concrètes d’un suffrage valable : au contraire d’un « vote voté » qui interdit tout véritable changement politique, le « vote votant » est celui d’une opinion publique dont l’expression par le suffrage, dans des conditions de transparence et c’est là la tâche de la politique, est la vérité du présent.

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