Sep 012016
 

Ce texte n’est pas explicitement un texte sur « le sujet » mais il est typiquement un texte qui appartient à la « philosophie du sujet » et il fournit incidemment une assez bonne définition de ce qu’est un « sujet ».

Eric Weil

Etre un sujet, c’est être rejeté sur soi-même « comme si l’on devait reconstruire un monde à partir de soi comme du seul fondement possible ».

L’homme qui vit dans la certitude de son monde peut avoir des pensées, il ne pense pas. Il sait ce qui est essentiel et ce qui n’importe pas dans sa vie et dans celle de sa communauté; il peut distinguer entre bonheur et malheur, entre accidents favorables et défavorables ; comme tout ce qui lui arrive possède à ses yeux un sens, à aucun mo­ment il n’est rejeté sur lui-même comme s’il devait reconstruire un monde à partir de lui-même comme du seul fondement possible. Il possède une morale, c’est-à-dire, il vit selon certaines règles ; ces règles existent, il n’a pas à les établir et justifier ; il n’a pas de théorie morale.

Ce n’est qu’après la destruction de ce monde de la satisfaction tou­jours garantie (sinon toujours donnée) et où tout est accepté parce que tout y est sensé, que l’individu se met à penser et à réfléchir, à moins que par un travail abrutissant, un traitement inhumain, une pau­vreté extrême il ne soit privé de toute possibilité matérielle de penser – ou bien c’est après la mise en question de ce monde par le contact avec d’autres mondes auxquels, de par le fait de leur puissance indéniable, il ne peut pas refuser le titre d’humains. C’est alors qu’il com­prend le monde, dans lequel il vit maintenant de façon précaire (ou qu’il a déjà perdu), comme une possibilité parmi d’autres possibilités en principe innombrables, et qu’il se trouve obligé de choisir une voie, un but, un sens, une orientation. Ainsi naît la philosophie, une philosophie encore inconsciente en ce sens qu’elle ne comprend ni ne peut comprendre sa propre nature. Mais en fait, l’individu y pose ses ques­tions d’une manière universelle et exige des réponses universelles, c’est-à-dire valables pour tout individu, à tout moment historique, en toute situation : ses réponses ne peuvent être que négatives, puisqu’il s’agit d’éliminer tout ce qui n’a de sens que dans un monde historique déter­miné, dans telles circonstances, pour telle forme de vie. C’est la pure forme de l’universalité qui devient le critère de toutes les actions pour une réflexion portant sur les actions possibles d’un individu qui se veut individu universel, c’est-à-dire moral.

 Eric Weil, Philosophie politique, (1955 – 4ème édition, 1984)


Questions pour un contrôle des connaissances (cours de septembre 2016)

  1.  Les 2 sens du terme « sujet »
  2. Comment distinguer entre « philosophie scolaire » et « philosophie mondaine » ?
  3. Pourquoi distinguer entre « philosophie scolaire » et « philosophie mondaine » ?
  4. Qu’est-ce qu’un « homme ordinaire » pour Eric Weil ?
  5. Pour sortir du monde ordinaire, quels sont, selon Eric Weil, les deux voies possibles ?
  6. Quel est le problème « de » René Descartes ?
  7. Dans les Méditations métaphysiques, quel est l’objectif de Descartes ?
  8. Dans les Méditations métaphysiques, quelle est sa méthode ?
  9. Pourquoi douter des sens ?
  10. En quoi l’imaginaire est-elle une source d’illusions selon Descartes ?
  11. Comment douter de l’entendement ?
  12. En quoi le cogito est-il la « première vérité » ?

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