Avr 242018
 

« Il est difficile d’imaginer comment l’esprit humain pourrait fonctionner sans la conviction qu’il y a quelque chose d’irréductiblement réel dans le monde ; et il est impossible d’imaginer comment la conscience pourrait apparaître sans conférer une signification aux impulsions et aux expériences de l’homme. La conscience d’un monde réel est intimement lié à la conscience du sacré. »
Mircéa Eliade, La nostalgie des origines.

« Partant il ne reste que la seule idée de Dieu, dans laquelle il faut considérer s’il y a quelque chose qui n’ait pu venir de moi-même. Par le nom de Dieu, j’entends une substance infinie, éternelle, immuable, indépendante, toute-connaissante, toute-puissante, et par laquelle moi-même, et toutes les autres choses qui sont (s’il est vrai qu’il y en ait qui existent) ont été crées et produites. Or ces avantages sont si grands et si éminents, que plus attentivement je les considère, et moins je me persuade que l’idée que j’en ai puisse tirer son origine de moi seul. Et par conséquent il faut nécessairement conclure de tout ce que j’ai dit auparavant, que Dieu existe ; car, encore que l’idée de substance soit en moi, de cela même que je suis une substance, je n’aurais pas néanmoins l’idée d’une substance infinie, moi qui suis un être fini, si elle n’avait été mise en moi par quelque substance qui fût véritablement infinie…
… Et ceci ne laisse pas d’être vrai, encore que je ne comprenne pas l’infini, ou même qu’il se rencontre en Dieu une infinité de choses que je ne puis comprendre, ni peut-être atteindre aucunement par la pensée : car il est de la nature de l’infini, que ma nature, qui est finie et bornée, ne le puisse comprendre. »
René Descartes, 3° méditation métaphysique, Réponses aux 2° objections.

« §33- Il y a deux sortes de vérités, celles de raisonnement et celle de fait. Les vérités de raisonnement sont nécessaires et celles de fait sont contingentes… Quand une vérité est nécessaire, on peut en trouver la raison par l’analyse, la résolvant en idées et en vérités plus simples jusqu’à ce qu’on vienne aux primitives. » « 2+2=4 » est un exemple de vérité nécessaire ; « Jules César franchit le rubicon » est un exemple de vérité de fait.
§35- Ces primitives sont « des idées simples dont on ne saurait donner la définition ; il y a aussi… des principes primitifs, qui ne sauraient être prouvés et n’en ont pas besoin aussi ; et ce sont les énonciations identiques dont l’opposé contient une contradiction expresse. » Autant dire que les preuves de ce type consistent à ramener un énoncé au Principe d’identité A=A, ce que tout le monde a déjà pratiqué en mathématiques quand il ramène une égalité entre deux expressions différentes à une égalité triviale.
§36- « Mais la raison suffisante se doit trouver aussi dans les vérités contingentes ou de fait, c’est-à-dire dans la suite des choses qui se trouvent dans l’univers… » Le principe sur lequel reposent les vérités de fait n’est donc plus le principe d’identité mais le Principe de raison suffisante : nihil est sine ratione, rien n’est sans raison ou, tout a une cause. Les faits contingents sont des faits déterminés : la contingence n’est pas le hasard.
§37- « … il faut que la raison suffisante ou dernière soit hors de la suite du détail des contingences, quelque infini qu’il pourrait être.
§38- Et c’est ainsi que la dernière raison des choses doit être dans une substance nécessaire, dans lequel le détail des changements ne soit qu’éminemment, comme dans la source : et c’est ce que nous appelons DIEU. Ce qu’il s’agit, c’est d’éviter de tomber dans une régression à l’infini où il faudra toujours rendre raison de la dernière cause.
§39- Or cette substance étant une raison suffisante de tout ce détail, lequel est lié partout ; il n’y a qu’un seul Dieu et ce Dieu suffit.
§46- Nous venons de prouver l’existence de Dieu a posteriori puisque des êtres contingents existent… »
Gottfried W.Leibni z, Monadologie, §§33-46.

« Considérons n’importe lequel des systèmes de signes qui font une civilisation ; langues, outils, institutions, arts, etc. Chacun de ces systèmes a pour fonction de servir de médiateur entre l’homme et la nature ou entre l’homme et les autres hommes. Tous ces systèmes se caractérisent par le fait qu’ils relèvent de ce que les psychologues appellent la fonction symbolique…
Autrement dit, les hommes ont édifié toute une série de systèmes leur permettant de dépasser les données du réel, de les traverser pour viser, par leur intermédiaire, des univers de significations, de valeurs, de règles leur servant de ciment à une communauté. Par là l’homme se distingue de l’animal, qui ne fabrique pas d’outils et ne connaît pas à proprement parler ni le langage, ni la socialité, ni l’histoire…
Plus on étudie les religions, mieux on comprend qu’elles sont, au même titre que les outils et le langage, inscrites dans l’appareil de la pensée symbolique. Si diverses qu’elles soient, elles répondent toujours à cette double et solidaire vocation : par-delà les choses, atteindre un sens qui leur donne une plénitude dont elles apparaissent, en elles-mêmes privées ; arracher chaque être humain à son isolement en l’enracinant dans une communauté qui le conforte et le dépasse. »
Jean-Pierre Vernant, interview au Nouvel Observateur du 05/05/80.

 » Si dans toute l’idéologie, les hommes et leurs rapports nous apparaissent placés la tête en bas comme dans une camera obscura, ce phénomène découle de leur processus de vie historique, absolument comme le renversement des objets sur la rétine découle de son processus de vie directement physique »
K. Marx, L’idéologie allemande.

« Le religieux est d’abord la levée de l’obstacle formidable qu’oppose la violence à la création de toute société humaine. »
René Girard, La violence et le sacré, p460.

« Le spectacle de ce que furent les religions, et de ce que certaines sont encore, est bien humiliant pour l’intelligence humaine. Quel tissu d’aberrations ! L’expérience a beau dire «c’est faux» et le raisonnement «c’est absurde», l’humanité ne s’en cramponne que davantage à l’absurdité et à l’erreur. Encore si elle s’en tenait là ! Mais on a vu la religion prescrire l’immoralité, imposer des crimes. Plus elle est grossière, plus elle tient matériellement de place dans la vie d’un peuple… Il y a là de quoi surprendre, quand on a commencé par définir l’homme un être intelligent.
Notre étonnement grandit, quand nous voyons que la superstition la plus basse a été pendant si longtemps un fait universel. Elle subsiste d’ailleurs encore…
Quelle ne devrait pas être notre confusion, maintenant, si nous nous comparions à l’animal sur ce point ! Très probablement l’animal ignore la superstition. »
H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, p 105.

« Je suis persuadé, dans le fond, que les visionnaires célèbres n’ont jamais vu ce qu’ils craignaient ou espéraient de voir ; je crois seulement qu’ils l’ont attendu. Et il n’y a pas de différence importante entre le cas où l’on croirait voir un bandit, et le cas, bien plus commun, où l’on croit fermement qu’il est derrière la porte. La peur est presque le tout de l’imagination. »
Alain, Préliminaires à la mythologie.

« On prétend toutefois que chacun de nous, sur un point ou sur un autre, se comporte comme le paranoïaque, corrige au moyen de rêves les éléments du monde qui lui sont intolérables, puis insère ces chimères dans la réalité. Il est un cas qui prend une importance toute particulière ; il se présente lorsque des humains s’efforcent ensemble et en grand nombre de s’assurer bonheur et protection contre la souffrance au moyen d’une déformation chimérique de la réalité. Or les religions de l’humanité doivent être considérées comme des délires collectifs de cet ordre. »

« Sa technique consiste à rabaisser la valeur de la vie et à déformer de façon délirante l’image du monde réel, démarches qui ont pour postulat l’intimidation de l’intelligence. A ce prix, en fixant de force ses adeptes à un infantilisme psychique et en leur faisant partager un délire collectif, la religion réussit à épargner à quantité d’êtres humains une névrose individuelle, mais c’est à peu près tout. »
Freud, Malaise dans la civilisation.

« L’amour mystique de l’humanité… ne prolonge pas un instinct, il ne dérive pas d’une idée. Ce n’est ni du sensible ni du rationnel… Un tel amour est la racine-même de la sensibilité et de la raison, comme du reste des choses. Coïncidant avec l’amour de Dieu pour son oeuvre, amour qui a tout fait, il livrerait à qui saurait l’interroger le secret de la création. Il est d’essence métaphysique encore plus que morale. Il voudrait avec l’aide de Dieu parachever la création de l’espèce humaine et faire de l’humanité ce qu’elle eût été tout de suite si elle avait pu se constituer définitivement sans l’aide de l’homme lui-même ».

« Les mystiques sont unanimes à témoigner que Dieu a besoin de nous, comme nous avons besoin de Dieu… La Création apparaîtra comme une entreprise de Dieu pour créer des créateurs, pour s’adjoindre des êtres dignes de son amour. »
Bergson , Les deux sources de la morale et de la religion.

« Nous disons maintenant que cette Cause… n’est ni ténèbre, ni lumière, ni erreur, ni vérité ; que d’elle on ne peut absolument rien affirmer ni rien nier. »
Pseudo-Denys l’Aéropagite, Théologie Mystique

« Ce n’est donc pas en s’anéantissant par fusion dans la divinité, ou dans la collectivité qui en est la laïcisation illusoire… mais c’est en réalisant ce qu’il a de plus personnel et de plus profond que l’homme remplit sa fonction essentielle qui est fonction théophanique : exprimer Dieu, être le théophore, le porte-Dieu. »
Henry Corbin, Le paradoxe du monothéisme.

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Contrôle de connaissances sur la religion

  1. Quelles différences entre le sacré et le profane ?
  2. Critiques marxistes de la religion.
  3. Critiques freudiennes de la religion.

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