Avr 122018
 

Un exemple de plan de dissertation.

En apprenant sa langue maternelle n’apprend-on qu’à parler ?

I. En apprenant sa langue maternelle, on apprend à parler

A. On apprend à parler au sens large, à utiliser un système de signes.

La langue renvoie au langage ; comme tel, il désigne un système de signes, lesquels sont acquis par convention, c’est-à-dire appris.

Karl von Frisch, L’homme et le monde vivant

En cela, le langage (humain) s’oppose à la communication animale, qui est biologiquement déterminée dans l’espèce et se présente sous la forme d’un code de signaux. La fonction d’un tel code n’est pas d’exprimer et de communiquer une pensée, mais de déterminer une action, comme lorsqu’une abeille signale à une autre, par les mouvements dessinées dans l’air par son corps, une source de nourriture.

C’est pourquoi la parole, nécessairement humaine en ce sens, est transmise par la culture, à travers une langue donnée, qui constitue la langue maternelle de chacun.

B. La parole est la traduction de la pensée de l’homme.

Le langage est l’instrument de la pensée. Telle est la position adoptée par la philosophie classique comme par le sens commun : la pensée, innée et déjà maîtresse d’elle-même avant de se concrétiser dans des mots, n’a besoin du support de la parole que pour être communiquée.

Transition:

Si la parole est la traduction extérieure d’une pensée déjà faite, qui est censée lui préexister, comment se fait-il que la pensée ne se développe qu’à travers la parole, comme le montre, a contrario, le cas de l’enfant sauvage?

II. En apprenant sa langue maternelle, on n’apprend pas qu’à parler.

A. On s’initie à une certaine vision culturelle du monde.

Chaque langue reflète et détermine une vison du monde. La preuve en est que, en apprenant une langue étrangère, l’anglais par exemple, on n’apprend pas qu’à la parler : on s’initie à une autre forme de pensée, à une autre conception du monde. Les mots renvoient donc à des concepts qui, pour une langue donnée, structurent de manière spécifique la réalité.

B. En apprenant sa langue maternelle, on apprend à former et ordonner ses idées.

L’acquisition progressive de la langue, transmise par l’éducation, apprend à l’enfant à lier entre eux des signes abstraits, dépourvus de sens par eux-mêmes : « p » et « as » n’ont pas de signification individuellement mais ensemble ils forment le mot « pas ». Mais le mot lui-même, hors de la phrase dans laquelle il se trouve, n’a pas de sens fixe.

Ainsi le mot « chien » peut-il, suivant le contexte linguistique, désigner une constellation céleste ou, comme le remarque Aristote, un animal aboyant.

Loin qu’un signe corresponde à une idée pré-existante, comme on le croit communément, le sens et par conséquent la pensée ne naissent donc que de la combinaison des signes entre eux, combinaison abstraite qu’effectue, de manière toujours originale, le sujet de la parole. En cela réside le caractère articulé du langage, qui rend possible la composition d’une infinité de messages à partir d’un nombre limité de signes. Pour cette raison, plus on apprend à un enfant à maîtriser la parole, plus on le rend capable d’abstraction, mieux il pense.

Transition:

Il reste que l’acquisition de la langue maternelle ne sert pas seulement à penser mais, pour autant qu’elle se fait par l’intermédiaire d’un autre, à entrer en communication avec lui.

III. En apprenant sa langue maternelle, on prend conscience d’autrui.

A. La langue maternelle fait sortir l’individu du cercle étroit de ses expériences.

En apprenant sa langue maternelle, on apprend à exprimer des sentiments et des émotions, à travers des signes communs. Ainsi se déprend-on progressivement du vécu et de l’expérience rigoureusement individuelle qui nous isolent et nous retiennent en nous-même, pour les extérioriser dans des mots que l’on partage avec d’autres.

B. La parole nous met immédiatement en présence d’autrui.

On apprend sa langue maternelle, le plus souvent, par la médiation de la parole. Précisément, la parole, plus encore que l’écriture ou le langage gestuel, met immédiatement en présence d’autrui, quelle fait reconnaître comme un autre soi-même.

Conclusion:

En apprenant sa langue maternelle, on n’apprend pas qu’à parler, mais on devient le sujet d’une parole, et, ce faisant, on apprend à penser et à exister en relation avec d’autres, on est introduit dans un monde humain.

[Merci à JK]

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