Avr 302018
 

Comment reconnaître une vérité que l’on ne connaît pas ? La capacité de reconnaître la vérité est un préalable de la connaissance.

Réponse : deux rationalismes ; idéaliste pour Platon, subjectif pour Descartes.

→ L’allégorie de la caverne

Rappel : Quant à la question des rapports entre savoir et ignorer, quel problème pose l’allégorie de la caverne (pages 74-5/266-7) ?

La caverne est le lieu de l’ignorance et le soleil est au contraire le symbole de l’Idée du Bien, et du Vrai. La question générale de La République est celui de l’éducation : comment peut-on devenir philosophe, c’est-à-dire comment peut-on passer du genre visible au genre intelligible, de l’ignorance au savoir ? Par la médiation magistrale d’un éducateur qui force un prisonnier à tourner le dos aux illusions de la caverne, puis le force à gravir la pente ascendante du savoir, le force à maintenir ouverts des yeux éblouis par la lumière de la réalité. Mais d’où peut venir un tel éducateur ? Car, s’il vient de la caverne, d’où vient l’éducateur de l’éducateur ? Et s’il vient de la contemplation, pourquoi celui qui est immortel s’intéresserait-il à ce qui est mortel ? Car « parmi les Dieux, il n’y en a aucun qui s’emploie à philosopher, aucun qui ait envie de devenir sage, car il l’est », Le Banquet, 204 a.

Résoudre ce problème, c’est trouver un « intermédiaire entre ces deux extrêmes », entre savoir et ignorance. « Amour est philosophe, et étant philosophe, il est intermédiaire entre le savant et l’ignorant », affirmera Diotime dans Le Banquet, 204 b.

Platon (427-347 avant J.-C.)

Une solution : la théorie de la réminiscence du Ménon.

Le problème d’un intermédiaire entre savoir et ignorer est le problème du commencement de la connaissance ; comment peut-on commencer à connaître ? « Et comment t’y prendras-tu, Socrate, pour chercher ce que tu ne connais en aucune manière ? Quel principe prendras-tu, dans ton ignorance, pour te guider dans cette recherche ? Et quand tu viendras à le rencontrer, comment le reconnaîtrais-tu, ne l’ayant jamais connu ? – Socrate : (…) Il n’est possible à l’homme de chercher ni ce qu’il sait ni ce qu’il ne sait pas ; car il ne cherchera point ce qu’il sait parce qu’il le sait et que cela n’a point besoin de recherche, ni ce qu’il ne sait point puisqu’il ne sait pas ce qu’il doit chercher. » (80 d-e)

[ Dans La République et dans Le Banquet, le problème d’un intermédiaire est d’abord celui du désir : pourquoi l’ignorant qui ignore son ignorance aurait-il le désir de connaître ? Dans Le Ménon, ce désir de connaître (la vertu) est acquis, mais le problème n’est pas encore résolu, car désirer savoir n’est pas suffisant, faut-il encore reconnaître ce que l’on cherche, si on le trouve.]

La réminiscence va permettre de « chercher ce qu’on ne sait pas » (86 c).

(a) Evocation du mythe de la transmigration des âmes (81 bc) : si l’âme est immortelle, quand elle n’est pas unie à un corps (mortel) elle réside dans le monde intelligible des idées qu’elle peut contempler ; en particulier l’Idée du Bien.

(b) Mise dans l’embarras de l’esclave (82 b-84 a) : c’est le premier stade de la réminiscence, le stade de la modestie sceptique : douter de soi-même, reconnaître d’abord non pas son savoir mais son ignorance. C’est une préparation négative, une propédeutique, une mise en condition. Sans cette étape, l’ignorant ne peut désirer chercher : « Car, à présent, quoiqu’il ne sache point la chose, il la cherchera avec plaisir » (84 b).

(c) La reconnaissance de la vérité (84 d – 85 b) : Socrate prend bien soin de prévenir qu’il ne lui enseignera ni ne lui apprendra quoi que ce soit (84 d).

(d) En quoi consiste la réminiscence ? A « tirer la science de son propre fonds » (85 d), texte 2 page 386/284. C’est là un effort personnel qui répond aux efforts de l’éducateur. Nul ne peut, à la place de celui qui est dans la disposition d’esprit de rechercher la vérité, reconnaître la vérité ; et c’est pourquoi Socrate tient tant à insister sur le fait qu’il ne fait rien à la place de l’esclave, et que celui-ci n’a fait que fournir ses opinions (85 c). Socrate ne fait pas l’effort à la place de l’esclave mais il met l’esclave en position de faire par lui-même cet effort, parce que Socrate fait l’effort de se mettre à la place de l’ignorant, et c’est là toujours l’effort de celui qui veut apprendre quelque chose à quelqu’un. C’est en ce sens que la vertu ne peut pas s’enseigner mais que l’homme vertueux est pourtant un modèle de vertu.

Bilan : En quoi la doctrine de la réminiscence trouve-t-elle sa place dans un dialogue sur la vertu ? C’est qu’il en va de la réminiscence comme de la vertu : nul ne peut à ma place faire l’effort de reconnaître la vérité, et nul ne peut à ma place décider d’agir guidé par le souvenir de la contemplation du Bien. Réfléchir, c’est se penser à la place de l’autre et pourtant nul ne peut réfléchir à la place d’un autre ; être vertueux, au sens d’être moral, c’est délibérer l’action en se mettant à la place d’autrui et pourtant nul ne peut à ma place décider de ma vertu : la vertu, comme la réflexion, sont, une fois passée l’étape de la remise en doute, exclusivement l’affaire de ma volonté.

Transition : est-ce à dire que la volonté ne peut jouer aucun rôle dans le doute ?

→ La liberté du doute cartésien.

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