Mai 312016
 

Définition classique de la vérité

On tiendra pour vraie la pensée ou la proposition dans laquelle les choses et leurs relations sont représentées telles qu’elles sont dans la réalité. D’où la définition de Saint Thomas d’Aquin: veritas est adæquatio intellectus et rei, la vérité est l’adéquation de la pensée et des choses. C’est ce que l’on appelle la théorie de la vérité-correspondance.

Comment classifier les sciences ?

Dans la mesure où une science est directement définie par son objet et sa méthode, on peut classifier suivant la méthode (puisqu’elle détermine l’objet) et l’objet.

  • Sciences formelles ≠ Sciences empiriques (= qui ont un « rapport » avec l’expérience).
  • Sciences empiriques de la nature ≠ Sciences empiriques de l’homme (= sciences humaines = sciences sociales = sciences de l’esprit).
  • Sciences empiriques de la nature matérielle ≠ Sciences empiriques de la nature vivante.
  • Sciences humaines nomothétiques ≠ Sciences humaines herméneutiques.

Qu’est-ce qui fait qu’une science est une science ? (méthode)

La classification des sciences montre une grande diversité des objets et des méthodes ; en quoi toutes les sciences sont-elles de « la » Science ? Ce qui les réunit est l’esprit scientifique, caractérisé par l’emploi rigoureux de méthodes élaborer rationnellement leur objet d’étude.

Quelle est la différence entre un « scientifique » et un « scientiste » ?

  • Un « scientifique » est celui qui étudie scientifiquement la réalité à la recherche d’une vérité (scientifique) qui est relative (à des principes, à des axiomes…), provisoire (sinon il n’y aurait pas de progrès scientifique). Le scientiste est celui qui croit que la vérité scientifique est comme une Vérité religieuse : absolue et éternelle.
  • Le scientisme professe que : 1/ La science serait la seule forme valide de toute connaissance véritable ; toutes les autres ne seraient qu’illusoires. Cette croyance est l’énoncé de base du scientisme. 2/ La science serait capable d’élucider la totalité des problèmes posés à l’humanité, même les problèmes qui relèvent de la morale. Cette seconde affirmation fournit la version forte du scientisme.

Quelle est la différence entre une « expérience » et une « expérimentation » ?

Celui qui « a » beaucoup d’expérience est un homme expérimenté. Celui qui « fait » une expérience, qui expérimente, est un expérimentateur. Faire une expérience, c’est user de la méthode expérimentale, ou méthode hypothético-déductive.

Pourquoi « corroborer » n’est-ce pas « vérifier » ? (espèce de « validation »)

Dans les sciences empiriques, il est en réalité impossible de « vérifier au sens strict ». Car la validation ne peut porter que sur des cas particuliers alors qu’une loi scientifique (de la nature) est universelle, c’est-à-dire valable dans tous les cas, passés comme futurs. C’est pourquoi quand un test est conforme à l’hypothèse, il vaut mieux dire qu’elle est « corroborée », ou « confirmée par l’expérimentation.

Quelles sont les deux significations de « démonstration » ?

  • Au sens large, « démontrer » signifie prouver, valider, confirmer scientifiquement : une vérité scientifique est, en ce sens, une vérité démontrée.
  • Au sens strict, la « démonstration » désigne la méthode démonstrative, celle des sciences formelles, la méthode axiomatico-déductive.

Qu’est-ce qu’un énoncé mathématique vrai ?

Un énoncé mathématique est « vrai » quand il est « démontré » c’est-à-dire il est déduit d’autres énoncés mathématiques qui eux-mêmes sont  « démontrés »… et ainsi de suite, jusqu’à remonter aux débuts de la déduction, qui sont les axiomes (qui ne sont donc pas démontrés).

Que fait-on quand on fait des mathématiques ?

On transforme des formules mathématiques (axiomes ou théorèmes) en respectant des règles de transformation, pour obtenir de nouvelles formules mathématiques. L’ensemble des formules ainsi déduites forme un système mathématique.

Un axiome peut-il être vrai ?

Un axiome est vrai en un sens particulier ; il n’est pas « vrai » comme un théorème est vrai (car un théorème est « déduit » à partir des axiomes). Pour autant il n’est pas « faux », car si les axiomes étaient faux, le système mathématique serait inconsistant. En mathématiques, « faux » signifie d’abord « contradictoire ». Les axiomes sont donc vrais non pas parce qu’ils sont démontrés mais parce que, entre eux, ils sont indépendants et ne produisent pas des théorèmes contradictoires entre eux.

Les mathématiques sont-elle vraiment des sciences ?

A première vue, il paraît étonnant de refuser que les mathématiques soient des sciences puisque toutes les autres sciences renforcent leur « scientificité » en se mathématisant. Et pourtant, l’absence d’objectivité des énoncés formels (un objet mathématique n’est pas un objet de la réalité sensible à personne n’a jamais vu de cercle ou le nombre cinq), ce qui signifie leur absence de réfutabilité empirique (on ne voit pas ce que voudrait dire « tester un axiome »), semble bien les exclure des sciences (il n’y aurait alors comme sciences que les sciences empiriques). Les sciences formelles seraient seulement des « outils » au service des sciences.

Dans une science empirique, qu’est-ce qu’une hypothèse valide ?

Une hypothèse est valide si elle résiste aux tests expérimentaux auxquels on la soumet. A partir du moment où une hypothèse a résisté à toute une batterie systémique de tests, on peut dire que l’hypothèse est validée et qu’elle devient une loi scientifique (de la nature).

Que fait-on quand on « fait une expérience » ?

« Faire une expérimentation », c’est élaborer une réalité construite rationnellement à partir d’un protocole expérimental dans le but de tester une hypothèse.

Que se passe-t-il quand une hypothèse est testée ?

Il faut d’abord comprendre que tester une hypothèse revient à prédire les conséquences possibles et à confronter ces prédictions avec les résultats de l’expérimentation. Si le test est positif, alors l’hypothèse est, pour le moment, corroborée. Si le test est négatif alors l’hypothèse est « réfutée ». Ce qui doit entraîner une remise en question de l’articulation entre théorie et observation. Dans certains cas, c’est l’observation qui doit être « rectifiée »

Quelles sont les deux significations de l’« interprétation » ?

  • Au sens épistémologique, l’interprétation consiste à remonter d’un sens apparent à un sens caché.
  • Au sens esthétique, interpréter une œuvre c’est en produire une nouvelle signification.

En quoi consiste l’objectivité de l’historien ?

L’objectivité dans les sciences humaines n’est pas celle des sciences de la nature. Ceux qui accordent l’objectivité aux seules sciences de la nature en déduisent que les sciences humaines ne peuvent pas être objectives : ils se trompent. Il y a bien une objectivité dans les sciences humaines, mais elle n’est pas du même ordre que dans les sciences empiriques. Pour un historien, une économiste, un sociologue, la « bonne objectivité » consistera d’abord à avoir l’honnêteté de ne pas cacher ses sympathies (« bonne subjectivité »).

Les lois des sciences empiriques de l’homme sont-elles du même ordre que les lois de la nature ?

Les lois des sciences empiriques de la nature sont des lois universelles (cela implique que si une hypothèse les réfute alors c’est toute la systémicité de la théorie qui doit être remise en question).

Au contraire les lois des sciences humaines ne sont que des lois générales. Cela signifie qu’elles sont obtenues pas induction à partir d’une collection de faits particuliers). Cela implique que ces lois générales sont des « lois faibles » et qu’un contre-exemple ne peut pas suffire à les réfuter. Ainsi la réussite scolaire d’un enfant d’ouvrier sans diplôme ne permet pas de remettre les lois générales de la « reproduction » scolaire.

En quoi la rationalité d’un procès est-elle ouverte ?

  • Dans une rationalité fermée (dogmatique), la vérité précède la recherche et il ne s’agit alors que de dé-couvrir une vérité pré-existante.
  • Dans une rationalité ouverte (critique), la vérité résulte d’un processus rationnel de débats contradictoires.

C’est le cas dans la communauté des savants : le colloque scientifique est un lieu de discussion pendant lequel les nouvelles théories sont soumises à l’intelligence scientifique collective, qui pratique ainsi une « philosophie du non » (Gaston Bachelard).

C’est aussi le cas dans un procès : c’est à la fin des délibérations contradictions que sera dite la vérité, prononcé dans un « verdict ».

Comment se fait-il que la rationalité scientifique prétende connaître la nature avec raison alors qu’elle ne travaille que sur le réel qu’elle a élaboré rationnellement ?

  • Parce que les tests sont des prédictions réfutables et que l’invention scientifique du réel ne signifie pas une « création » du réel. Le savant n’est pas un magicien. Tout au contraire, il soumet toutes ses hypothèses à la réfutation expérimentale.
  • Quand une hypothèse n’est pas réfutée, cela permet au savant de valider ses prédictions et c’est à cela que sert la connaissance scientifique : à proposer une explication prédictive de la réalité. « Savoir, c’est prévoir ».

Quelle est la thèse du texte de Malebranche ?

Tous les êtres humains, malgré leurs particularités, partagent une même raison universelle. On peut ainsi parler d’une double universalité de la raison (unité de l’humanité et unicité de la raison).

Texte de Gaston Bachelard, Le nouvel esprit scientifique.

Déjà l’observation a besoin d’un corps de précautions qui conduisent à réfléchir avant de regarder, qui réforment du moins la première vision, de sorte que ce n’est jamais la première observation qui est la bonne. L’observation scientifique est toujours une observation polémique ; elle confirme ou infirme une thèse antérieure, un schéma préalable, un plan d’observation ; elle montre en démontrant ; elle hiérarchise les apparences ; elle transcende l’immédiat ; elle reconstruit le réel après avoir reconstruit ses schémas. Naturellement, dès qu’on passe de l’observation à l’expérimentation, le caractère polémique de la connaissance devient plus net encore. Alors il faut que le phénomène soit trié, filtré, épuré, coulé dans le moule des instruments, produit sur le plan des instruments. Or les instruments ne sont que des théories matérialisées. Il en sort des phénomènes qui portent de toutes parts la marque théorique.

Etonnement de départ : le texte tourne autour de la notion de « polémique ». Ce qui surprenant dans un texte sur les sciences et donc sur la vérité. Car, classiquement : vérité = adéquation = accord alors que polémique = désaccord.

Plan du texte : il y a très nettement deux étapes. §1 = L’observation (l.1 à l.15) – §2 = l’expérimentation (l.16 à fin). Autrement dit, le plan du texte reprend les 2 étapes de la méthode expérimentale. Même si en apparence (comme le bon sens le croit) le savant irait de l’expérience à la théorie (des faits aux lois de la nature = lois scientifiques), en réalité, ce plan nous rappelle que le savant va de l’observation à l’expérimentation (des apparences aux phénomènes). Mais alors où se trouve la théorie ? Dans l’observation (observer ≠ regarder : l.3) autant que dans l’expérimentation (faire une expérimentation ≠ avoir une expérience). Il y a de la théorie partout.

Thème du texte : qu’est-ce que la méthode expérimentale ?

Thèse du texte : le caractère polémique de la connaissance scientifique. D’où vient ce caractère polémique = qu’est-ce qui relie l’observation et l’expérimentation (comment passer de l’une à l’autre) ? Par l’hypothèse scientifique. Observer, c’est chercher une hypothèse ? Expérimenter, c’est tester une hypothèse. à La méthode expérimentale est une méthode « hypothético-déductive ».

Problème du texte : comment la méthode expérimentale qui recherche la vérité (le but est l’accord du réel et du rationnel) peut-elle prendre comme moyen la polémique (qui est désaccord, qui préfère le « non » au « oui ») ?

La solution du texte : la place centrale de la théorie dans la connaissance scientifique. Dès le départ, l’observation produit des hypothèses – qui sont des énoncés théoriques – sur ce qu’est le réel étudié. Puis ces hypothèses sont expérimentalement testées. Si le test est positif, la théorie est provisoirement validée et à partir d’un certain nombre de corroborations, l’hypothèse est validée et devient une loi (scientifique) de la nature. Si le test est négatif, alors cela signifie qu’au moins une des hypothèses est réfutée. Dans certains cas, on peut conserver la théorie d’ensemble en modifiant juste une hypothèse, dans d’autres cas, la réfutation de l’hypothèse oblige à remettre la théorie en tant que telle. C’est ainsi que de théorie en théorie, la science progresse.

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