Jan 202017
 

Un supplément au cours sur l’existence et le temps.

Psychologiquement, l’homme est le temps ; affectivement, l’homme est dans le temps. Dans les deux cas, le temps est fini et l’éternité n’est que désirée. Si le temps pour des hommes est fini, l’existence pour l’homme est finitude.

1- Temps des hommes et temps des choses.

jean_forton(a) Etre dans le temps, être temporel, c’est naître et mourir. Le temps s’écoule entre un commencement et une fin. L’individu humain a une naissance et une mort, il n’est ni immortel (comme les Dieux de l’antiquité grecque) ni éternel (comme le Dieu judéo-chrétien). Le trait propre de l’humain est donc bien le fait de la mortalité mais il y a du divin dans la joie des commencements et des nouveautés.

Vivre, c’est donc avancer vers la mort, suivre le chemin dont le terme est une certitude absolue (il n’y a incertitude que pour le moment et c’est cette ignorance que nous pouvons craindre). Le temps s’écoule, le temps passe de façon irrévocable.

D’un côté donc la joie de la naissance, de l’autre la tragédie de la mort : à quoi peut-il servir d’agir si, quelque soit la valeur de l’initiative prise, il faudra éternellement recommencer dans le malheur du temps qui passe ?

(b) Le temps des choses, celui du physicien par exemple, est réversible et prévisible. Tout à l’opposé, c’est l’irréversibilité et l’imprévisibilité qui caractérisent le temps des hommes. Or tel sont aussi précisément les deux caractéristiques de la mort pour nous : imprévisible car nous ne savons pas quand nous allons mourir ; mais irréversible, car nous savons tous – le syllogisme le plus connu porte d’ailleurs sur la mortalité de Socrate – que nous finirons bien par mourir.

Transition : mais le savons-nous vraiment ? Car vivre, faire des projets, n’est-ce pas toujours supposer une immortalité provisoire ? D’autant que penser à la mort suppose toujours que je sois en vie.

2- La mort de Tu.

Ainsi, Vladimir Jankélévitch constate que la mort peut se décliner suivant les trois personnes du singulier : la mort à la première personne, la mort à la deuxième personne, la mort à la troisième personne.

« La mort joue à cache-cache avec la conscience: où je suis, la mort n’est pas; et quand la mort est là, c’est moi qui n’y suis plus. Tant que je suis, la mort est à venir ; et quand la mort advient, ici et maintenant, il n’y a plus personne. De deux choses l’une : Conscience, ou présence mortelle! Mort et conscience, elles se chassent et s’excluent réciproquement, comme par l’effet d’un commutateur… Impossible de cumuler ces contradictoires ! Décidément, l’alternative est soigneusement combinée.. Dans ces conditions, la deuxième personne s’offre à nous éventuellement comme un moyen de surmonter la disjonction. S’agissant de ta mort, les trois temps offrent matière à réflexion : le futur d’abord, comme pour la première personne; et à plus forte raison le passé, comme pour la troisième : car je puis évidemment survivre à la mort du Toi, et la conscience, naturellement posthume et rétrospective, n’est jamais autant à son aise qu’après le fait accompli ; et enfin le présent, qui est sans doute la spécialité de cette philosophie en deuxième personne : car rien ne s’oppose à ce que ma conscience soit le témoin de ta mort, dès l’instant que mort et conscience sont réparties sur deux têtes ».

Vladimir Jankélévitch, La mort, p. 31.

3- Réfutation de l’idéalisme.

Revenons à la mort en première personne.

« Cette pensée qui pense la mort et, prenant conscience de la mort, se place au-delà, la surmonte et lui survit, cette pensée à son tour prend fin avec la mort » écrit Jankélévitch dans sa Philosophie première (1953), p.51.

La pensée de ma mort ne peut donc pas me permettre d’échapper à ma mort : la pensée de cette façon n’est pas une échappée possible à l’irrévocable de ma mort. Et c’est pourquoi Jankélévitch peut constater que « la mort est une initiation à la sagesse première et non pas, comme la thanatosophie du Phédon, à la sagesse seconde » (p.52).

Hors de tout espoir en une immortalité de mon âme, la pensée de ma mort peut néanmoins m’apprendre que la pensée ne peut vaincre la mort.

Et en l’attendant, c’est la mort à la deuxième personne qui m’a fait sentir – quand sentir, ce n’est pas penser, quand sentir, c’est « être affecté » – que Je dépends des autres, pas de tous les autres, mais de certains parmi les autres, ceux qui me sont « chers », à qui je suis – sans que ce soit une affaire de décision – fondamentalement attaché. Et quand ils sont morts, ce sont certains de leurs objets qui m’affectent.

La finitude du sujet humain, c’est cette dépendance à l’altérité, l’altérité de certains objets, l’altérité de certains autres. Pas de subjectivité sans intersubjectivité ni objectivité.

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Contrôle de connaissances sur le Temps et l’existence (T2L – janvier 2017)

  1. Quel est le fil directeur du texte de Hume sur « causalité et habitude » ?
  2. En quoi le scepticisme de Hume est-il une critique du rationalisme ?
  3. Comment distinguer entre « temps », « éternité » et « immortalité » ?
  4. Comment Henri Bergson oppose-t-il instant mathématique et durée ?
  5. Comment opposer temps subjectif et temps objectif ?

  Une commentaire à “La fin du temps”

  1. Toujours un plaisir de relire vos cours et de découvrir de nouveaux exemples !

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