Questions sur le sujet

 

Le sujet

→ Sur Platon

Platon (427-347 avant J.-C.)

Platon (427-347 avant J.-C.)

Il serait anachronique de trouver une « philosophie du Sujet » chez Platon.

  • Parce que la distinction entre monde visible et monde intelligible, entre Idée (qui a une existence objective pour Platon) et « copie » de l’Idée ne se superpose pas du tout à la distinction du sujet et de l’objet.
  • L’âme chez Platon n’est pas un Sujet ; l’âme est avant tout ce qui contemple la Vérité → elle n’est donc pas du tout une source de vérité.
  • Mais rien n’interdit de trouver dans sa philosophie des éléments pour une réflexion philosophique sur le Sujet.
  • Il y a ainsi une philosophie morale : « nul n’est méchant volontairement » ; « mieux vaut subir un mal que le commettre ».
  • Il y a chez Platon des considérations sur la connaissance de soi (pas du tout la conscience de soi) : le « connais-toi toi-même » de Socrate.
  • On trouve aussi des considérations sur l’ignorance : la distinction entre erreur et illusion peut être reprise.
  • On trouve aussi dans la République, une sorte de psychologie qui distingue des parties de l’âme : partie rationnelle et du côté de l’irrationnelle, la concupiscence et le goût de l’honneur, de la gloire (thumos).
  • Enfin, Platon soutient que chacun a une dominante psychologique – mis à part le philosophe, défini d’abord par la modération.

→ Sur Aristote

aristoteComme pour Platon, il serait anachronique de faire d’Aristote un philosophe du Sujet.

Mais il y a chez lui, une philosophie de l’Agent, mû par la volonté. Surtout l’éthique fournit beaucoup de réflexions sur le comportement (ethos).

  • Sur l’habitude : l’intérêt de son analyse c’est de proposer un passage du volontaire à l’involontaire (s’il ne tenait qu’à moi de débuter une habitude, il ne suffit pas ensuite de décider de rompre avec une mauvaise habitude pour rompre avec elle).
  • Sur le volontaire et l’involontaire : l’essentiel des actions de l’Agent sont des « actions mixtes », des « actes embrouillés » composés d’une part de volontaire et d’une part d’involontaire. Ce qui permet à Aristote de distinguer entre « vouloir » (au sens fort, c’est décider de se donner les moyens) et « désirer » (vouloir une fin en prenant trop souvent ses désirs pour des réalités, en mettant entre parenthèse le moment de la délibération, celle qui relie la fin ultime à toute la série des fins relatives et intermédiaires).

De la même façon qu’il n’y a pas chez Aristote de philosophie du sujet mais une philosophie de l’Agent, il n’y a pas chez lui de philosophie de l’intersubjectivité : mais cela n’empêche pas Aristote de proposer une philosophie de l’amitié qui décrit avec beaucoup de finesse tous les degrés de l’amitié qui peuvent exister entre les humains : depuis le « lien des Cités » jusqu’à l' »amitié véritable ».

→ Sur Epictète

Epictète - 50-125 ap. J-C

Epictète – 50-125 ap. J-C

Il n’y a pas chez lui – ni chez les stoïciens en général – une philosophie du Sujet.

Pas même véritablement, comme chez Aristote, une philosophie pratique de l’Agent.

Pourtant la distinction entre « ce qui dépend de moi » (« à ma portée ») et « ce qui ne dépend pas de moi » (« hors de ma portée ») semble centrée sur un « Moi ».

  • Mais en réalité, il ne s’agit que d’agir conformément à la Nature, à la Raison.
  • Le Moi n’a qu’un « rôle » dont il n’est pas du tout l’auteur : car la liberté ne consiste pas à faire ce que l’on veut mais à vouloir ce que l’on fait.
  • La volonté n’est donc pas ici à la source d’un Sujet ou d’un Agent mais accompagne celui qui accomplit son Destin, sa raisond’être.

→ Sur Saint-Augustin

On trouve dans Les Confessions une conception subjective du temps : le temps est distensio animi , distension de l’âme.

  • Au sens strict, seul le présent existe (« Ni le passé ni le futur ne sont »).
  • Mais l’âme a la capacité de se distendre vers le passé quand elle se souvient et vers le futur quand elle anticipe.
  • Il y a donc trois temps : le présent du passé, le présent du présent et le présent du futur.
  • C’est la mémoire, la vision directe et l’attente.→

→ Sur René Descartes

René Descartes (1596-1650)

René Descartes (1596-1650)

S’il y a un philosophe du sujet, c’est lui.

  • Le Sujet est chez Descartes la solution à son problème de la vérité, celui de la vérité première.
  • Pour Descartes, le Sujet est avant tout le Sujet de la Pensée.
  • C’est en doutant de tout ce qui existe matériellement (qui est donc étendu et donc composé) que le Sujet finit par arriver à la seule chose dont il ne peut pas douter, qui n’est pas matérielle, donc qui n’est pas composée, donc qui est simple, c’est l’Esprit lui-même, qui se pense ou se conçoit lui-même.

La souveraineté du Sujet chez Descartes :

  • dans la parole (≠ de la prolation, l’action de « proférer des paroles »), le Sujet prouve sa capacité à exprimer sa pensée « à propos ».
  • dans la morale, la maîtrise de soi passe par la capacité (stoïcienne) de vouloir ce que l’on fait, et de préférer changer l’ordre de ses désirs plutôt que l’ordre du monde (ordre du monde qui est « rationnel » ; ce que n’est pas l’ordre de ses désirs).

→ Sur John Locke

John Locke (1632-1704)

S’il y a un philosophe de la conscience, c’est bien lui.

Parce que Locke – en tant que libéral – est d’abord un philosophe de la « personne ».

  • Psychologiquement, l’identité d’une personne est définie par sa conscience qui s’ajoute (accompagne) à ce qu’elle pense, dit et fait : la conscience est tout ce qui (se) passe en mon esprit (mind). Cette conscience du présent est en même temps conscience du passé – mémoire. Je suis tout ce que j’ai conscience d’être et d’avoir été.
  • Politiquement, une personne est aussi celui qui est propriétaire de son corps et de tout ce que son travail aura pu ajouter à la nature.

On peut remarquer que le problème général de la Personne -n’est pas tant celui de l’origine de la Personne comme pourrait le faire croire sa critique des idées innées – mais est celui de la continuité :

  • A quelle condition, suis-je ce que je continue d’être ? En prenant conscience.
  • A quelle condition, ai-je (suis-je propriétaire de) ce que je continue de faire ? En travaillant.

Et autrui ?

  • Chacun a droit à sa liberté de conscience ; à condition de ne pas « mettre en danger ou menacer la paix de l’Etat » (texte 8 page 178).
  • Chacun a droit à sa propriété : « du moins là où ce qui est laissé en commun pour les autres est en quantité suffisante et d’aussi bonne qualité » (clause lockéenne).

→ Sur Nicolas Malebranche

Nicolas Malebranche (1638-1715)

Etre un Sujet, c’est être la source souveraine de Soi. Chez Descartes, cette souveraineté de soi, cette maîtrise de soi passe par la Raison.

Il en va de même chez Malebranche quand il évoque une « souveraine raison ».

Mais cela laisse néanmoins place à ces « raisons particulières » propres à chacun. Ces « raisons particulières » sont les « passions », ces forces utiles pour motiver et mobiliser.

→ Sur Gottfried Leibniz

La théorie des petites perceptions est intéressante pour indiquer une limite basse (un plancher) au-deçà de laquelle la conscience du sujet n’a pas accès.

La conscience résulte de l’intégration de ces petites perceptions (une somme infiniment grande d’infiniment petits).

Dans son commentaire critique de John Locke – Nouveaux Essais sur l’entendement humain – il aborde (texte 5 page 22) la question de la continuité de la conscience (question suscitée par l’expression de Descartes lors du cogito : « toutes les fois » que j’y pense ou la conçois en mon esprit.

Il traite cette question psychologique d’un point de vue moral : pour assurer l’identité morale qui fait d’une personne quelqu’un d’un et de responsable de ses actes, il suffit « qu’il y ait une moyenne liaison de conscienciosité« .

→ Sur David Hume

David Hume (1711-1776)

On trouve chez David Hume une discussion sur 2 problèmes intrinsèques à une philosophie de la conscience : celui de l’origine et celui de la continuité.

  • Sur l’origine : nous avons vu en quoi une « passion » était une « existence primitive », c’est-à-dire une sorte « raison particulière » mais sans raison, une « préférence », et puis c’est tout… C’est ce qui fait que quelqu’un peut préférer la destruction du monde à une égratignure de son doigt.
  • Sur la continuité : Hume adresse une critique générale à la notion de causalité dans laquelle il ne voit aucune nécessité (logique) mais juste une habitude (psychologique). Le Moi n’est donc au mieux qu’une habitude pour désigner ce qu’aurait de communes les perceptions particulières sur lesquelles je viens buter « quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi » (texte 6 page 23).

→ Sur Emmanuel Kant

Emmanuel Kant (1724-1804)

Emmanuel Kant (1724-1804)

Après Descartes, Kant n’est-il pas le deuxième grand philosophe du Sujet ?

Le Sujet est :

  • Celui qui peut connaître dans les limites de l’expérience.
  • Celui qui doit agir par pur respect de la loi morale.
  • Celui qui peut espérer que la beauté peut être partagée, que le vivant manifeste une finalité interne, que nous avons tout intérêt à faire comme si l’histoire avait un sens.

→ Sur Jean-Paul Sartre

Jean-Paul Sartre (1905-1980)

Sartre présente lui-même sa philosophie existentialiste (pour qui l’existence précède l’essence) comme une philosophie de la subjectivité, et même de l’intersubjectivité.

Cette subjectivité s’exprime avant tout par une attitude que Sartre nomme la « mauvaise foi » : un mensonge à soi-même (ce qui suppose une dualité de la conscience ou plus exactement une définition de la conscience comme « pour soi » qui peut être ce qu’elle n’est pas tout en n’étant pas ce qu’elle est).

Cette mauvaise foi est une « attitude de fuite » déclenchée par l’angoisse devant la liberté : assumer ce que je suis parce que je suis ce que je fais.

Le Sujet sartrien est caractérisé par une liberté fondamentale qui n’existe qu’en s’exerçant : c’est pourquoi même la première connaissance de soi, celle de son intention, ne commence que par le « début d’acte ».

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