Fév 062019
 

La discussion ne serait-elle pas le dialogue le plus exigeant ? En tout cas, beaucoup plus difficile à réussir que le bavardage (on bavarde de tout et n’importe quoi, avec tout le monde et/ou personne) ou que la conversation (entre personnes qui sympathisent et qui ont plaisir à se fréquenter). Les exigences de la discussion reposent sur une rationalité ouverte : il ne s’agit pas d’avoir raison pour mettre fin à la discussion mais au contraire pour « engager la discussion ». Cet « engagement » doit faire preuve de cohérence logique, d’une éthique de la conviction associée à une éthique de la responsabilité, et surtout de tolérance (en renvoyant dos à dos tant les dogmatiques de la vérité unique que les relativistes du « à chacun sa vérité »).

1- Amitiés et dialogues

Qu’est-ce que dialoguer ?

C’est échanger des paroles, des gestes, des communications. Dialoguer ¹ communiquer.

Qu’est-ce qu’échanger ?

D’une façon générale, un échange est un va-et-vient composé de 3 moments : donner, recevoir et rendre. Aucun échange ne se fait au hasard car il faut toujours une règle pour que l’échange soit juste : les objets échangés doivent être équivalents, avoir la même valeur.

Qu’échange-t-on ?

Dans un dialogue, on peut échanger des mots (bavardage de politesse), des opinions (conversation) voire même, mais plus rarement, des idées (discussion). Une discussion est un échange d’idées : on ne se contente pas comme dans la conversation de donner son avis, son opinion mais on essaie en plus de justifier, de fonder cette opinion à l’aide d’arguments.

Pourquoi ne peut-on pas discuter une opinion ? Parce qu’une opinion est indiscutable.

Une opinion n’existe que dans son expression, elle n’a guère besoin d’être justifiée, elle a la force d’un préjugé (cette force est l’envers des deux faiblesses de toute justification : (a) le risque d’une régression à l’infini dans la recherche de la preuve de la preuve (Achille et Zénon dans La logique symbolique de L. Carroll) et (b) le fait que le terme premier d’une déduction – définition, principe ou axiome – ne puisse être logiquement déduit sous peine d’une pétition de principe (Aristote, Métaphysique, G 4).

Rq 1 : l’équivalence logique de la régression à l’infini et de la pétition de principe, cf. D. Hofstadter, Gödel, Escher et Bach.

Rq 2 : Ces deux faiblesses sont les faiblesses de la preuve, l’argumentation souffre-t-elle des mêmes faiblesses ?

Avec qui dialogue-t-on ?

C’est Aristote qui dans l’Ethique à Nicomaque distingue trois types d’amitié ; à chaque type d’amitié, il est permis d’associer un type de dialogue : le bavardage pour être aimable, la conversation par sympathie et la discussion.

Type d’amitiéselon AristoteType dedialogueQualité de la relationQuantitéDurée
Amitié par intérêtle bavardageamabilité
politesse
avec tout le mondele temps d’un contact,d’une affaire
Amitié par agrémentla conversationla sympathienombreusevariable avec les situations,
les voyages
Amitié par vertula discussionla confiance l’intimitéraredurable

Il semble donc que puisque la véritable amitié soit l’amitié par vertu, la discussion soit le véritable dialogue. On ne discuterait alors vraiment qu’avec des amis. Ne discute-t-on jamais avec des ennemis ? Qu’est-ce qu’une négociation de paix, qu’est-ce qu’un pourparler ? Il faut alors se demander qu’est-ce que discuter ?

2- Les devoirs de la discussion

La discussion est un dialogue difficile (=problématique) d’abord parce qu’il doit affronter la « problématicité » de la vie spirituelle.

  • Paradoxe 1 : discuter avec un ami, c’est le traiter en ennemi ; et inversement, discuter avec un ennemi c’est le traiter en ami. En tous cas, dans les formes.
  • Paradoxe 2 : de quoi peut-on bien discuter ? Ni de ce qui est objectif, ni de ce qui est subjectif.

21- Lever une première confusion : argumenter n’est pas prouver.

(a) Depuis Platon et Aristote, il existe un classement classique des formes de discussion :

  • la discussion éristique ou sophistique : les partenaires du dialogue argumentent l’un contre l’autre ; le dialogue devient « un terrain de lutte où chacun essaie de faire mordre la poussière à l’autre dans le but de recevoir les applaudissements du public », G. Dispaux, La logique et le quotidien, p.51. Il s’agit de vaincre, de l’emporter, de faire triompher son point de vue et pour cela peu importe la vérité, tous les moyens sont bons. C’est le dialogue des méchants.
  • la discussion critique : il s’agit d’éprouver une thèse en la confrontant aux autres thèses du système ou à des thèses admises par tous. Ce qui est testé, c’est la cohérence interne. C’est le modèle de la discussion scientifique (ou philosophique).
  • la discussion dialectique : les partenaires du dialogue argumentent l’un avec l’autre ; le dialogue cherche à devenir « un terrain d’entente » (H.G. Gadamer). « La relation dialectique commande une attitude d’ouverture positive, une empathie sans réserve ». Les interlocuteurs cherchent à s’accorder sur les opinions qu’ils reconnaissent comme les plus assurées : ils ne défendent pas tant leur point de vue que ce qu’ils croient être le plus raisonnable. Le débat dans ce cas n’est pas compris comme l’approche d’une vérité déjà existante (comme dans le préjugé ou l’illusion scientiste) mais comme un arbitrage entre des positions de plus en plus compréhensives et englobantes.

Rq : la rationalité à l’oeuvre dans la discussion dialectique n’est ni instrumentale ni simplement rationnelle, elle est avant tout raisonnable (rationalité de la raison plutôt que de l’entendement). La discussion dialectique propose un modèle pour penser autrement que de façon scientiste la science, pour penser de façon critique le débat philosophique, et même pour fournir un modèle alternatif à l’épistémologie sous-jacente de tout système politique.

Seuls les deux derniers types sont à la recherche de la vérité, même si, de toute évidence, ce n’est pas à la même conception de la vérité qu’ils se réfèrent. Dans l’attitude critique, le modèle logico-mathématique de la démonstration implique une rigueur formelle dont les modèles sont la déduction logique et la démonstration mathématique, more geometrico. Dans l’attitude dialectique, le modèle s’il doit être scientifique se retrouvera plutôt dans la méthode expérimentale des sciences empiriques, mais il peut tout aussi bien se trouver dans les processus de décisions que requiert l’action responsable, ou mieux encore dans les modalités de la justification juridique. C’est pour pouvoir englober toutes ces possibilités que Perelman qualifie cette attitude de « pratique », terme pouvant réconcilier la praxis de l’agent, celle du savant dans l’expérimentation et la rationalité raisonnable du juridique. Il l’oppose à deux autres attitudes, l’attitude logique et l’attitude diplomatique (Rhétoriques, pp.463-4).

  • « Sur le plan du comportement, il y a trois formes d’attitudes possibles : l’attitude logique, qui consiste à formuler des normes qui soient d’une précision, d’un clarté telles, qu’elles puissent s’appliquer à toute situation future. Cette attitude fait fi des circonstances imprévisibles, elle fige le donné pour pouvoir en reconnaître d’avance tous les aspects, prévoir les difficultés et préparer dès l’abord leur solution. Elle souhaiterait réduire, dans l’avenir, et ce travail préparatoire une fois opéré, tout raisonnement à une déduction. L’attitude pratique, par contre, n’ignore pas que des difficultés surgiraient, mais se réserve devant chaque problème de faire le choix le meilleur, de trouver des solutions qui, nées dans le temps, sont valables seulement pour le moment présent, mais néanmoins représentent un effort de création adapté au problème posé.
  • L’attitude diplomatique évite de résoudre les difficultés, de les aplanir. Elle cherche à différer leur solution, fermant autant que possible les yeux sur le fait que la difficulté à laquelle on échappe ainsi suscite une difficulté nouvelle. Elle espère, soit que le temps les éliminera, soit qu’un moment plus opportun permettra une solution moins onéreuse ».
  • Seules les deux premières attitudes autorisent une discussion, opposition de jugements que chaque partenaire va essayer d’opposer. L’attitude logique cherchera à démontrer, à prouver ; l’attitude pratique à argumenter. Il y a opposition dans le choix des moyens pour atteindre une vérité, mais c’est en réalité, aussi et surtout, une opposition dans la finalité même de la discussion qui est en cause.

(b) Quelles sont les différences entre prouver et argumenter ?

  • Le point de vue logique est le point de vue rationnel de Dieu, le point de vue rhétorique est le point de vue raisonnable de l’humain.
  • On prouve en vue d’atteindre une vérité, on argumente en vue d’atteindre une adhésion, de construire voire de créer une entente. Le danger de la preuve est l’absolutisme dogmatique qui commet la confusion de l’unicité et de l’absoluïté. Celui de l’argumentation est le relativisme sceptique qui passe de « à chacun sa vérité » (toute vérité est relative) à « pas de vérité du tout » (si on continue à affirmer que la vérité est unique).
  • Puisque l’argumentation rhétorique tient compte du temps, il revient au même de se rendre compte qu’elle dépend de l’auditoire :
    • on peut reprendre sans hypocrisie des convictions de l’auditoire auxquelles pourtant on n’adhère pas.
    • on peut demander que l’auditoire explicite ses positions, ses thèses : en particulier, les objections d’un auditoire hostile.
    • si l’auditoire est réduit à un seul, alors, à chaque pas de la progression, il faut s’assurer de l’accord de l’interlocuteur (sur le modèle de l’entretien socratique).
    • si l’auditoire est universel, il faut alors le considérer comme l’assemblée hypercritique de « tous les hommes raisonnables et compétents dans les questions débattues ».
    • l’opinion que l’auditoire a de l’orateur (compétence, autorité, prestige…) est primordiale.
  • Alors que le modèle logique , en référence à l’idéal axiomatique, présuppose une définition univoque de chacun des termes employés, l’argumentation rhétorique implique l’ambiguïté et la confusion des termes sur lesquels elle porte : sans aller jusqu’à admettre l’équivocité des termes, il faut reconnaître leur polysémie. Perelman propose de distinguer :
    • les notions formalisées (le fou aux échecs, un objet mathématique),
    • les notions semi-formalisées (la masse en physique, la propriété en droit),
    • les notions de l’expérience empirique (l’or, le jaune), les notions confuses (le mérite, juge-t-on la personne ou le résultat ?, le bien, le juste),
    • les notions concernant des totalités indéterminées (la chose, le monde, le vivant).

Csq : La discussion est un échange d’arguments qui se situe dans le domaine de l’opinable, du sens commun.

Voici quelles sont les maximes du sens commun : « 1. penser par soi-même ; 2. penser en se mettant à la place de tout être humain ; 3. penser toujours en accord avec soi-même. La première est la maxime de la pensée sans préjugé, la deuxième celle de la pensée ouverte ; la troisième celle de la pensée conséquente. La première est la maxime d’une raison qui n’est jamais passive. Le préjugé est la tendance à la passivité, donc à l’hétéronomie de la raison ; et le plus grand des préjugés consiste à se représenter la nature comme n’étant pas soumise aux règles que l’entendement, de par sa propre loi essentielle, met au principe de la nature — c’est la superstition. L’Aufklärung, c’est se libérer de la superstition ; en effet, bien que ce terme convienne aussi pour signifier qu’on se libère des préjugés en général, la superstition mérite préférence (in sensu eminenti) d’être appelé préjugé, puisque l’aveuglement où nous plonge la superstition, et qu’elle va même jusqu’à exiger à titre d’obligation, souligne de manière remarquable le besoin d’être guidé par d’autres, donc l’état dans lequel se retrouve une raison passive. En ce qui concerne la deuxième maxime, nous sommes d’autre part habitué à qualifier d’étroit (borné, le contraire d’ouvert) celui dont les talents ne peuvent être employés à de grandes choses (particulièrement à ce qui exige qu’il en fasse un usage intensif). Il n’est pas question ici de la faculté de connaissance, mais de la manière de penser et de faire de la pensée un usage conforme à une fin ; c’est ce qui révèle l’ouverture d’esprit d’un homme — si limités que soient l’ampleur et le degré des capacités propres à nos dons naturels — lorsqu’il est à même de s’élever au-delà des conditions subjectives, d’ordre privé, du jugement, dont restent en quelque sorte prisonniers tant d’autres, et lorsqu’il réfléchit sur son propre jugement à partir d’un point de vue universel (qu’il ne peut déterminer qu’en se mettant à la place des autres). La troisième maxime, celle de la pensée conséquente, est celle à laquelle il est le plus difficile d’obéir ; on ne peut y parvenir qu’en liant les deux premières et après les avoir pratiquées assez souvent pour en avoir acquis la maîtrise. On peut dire que la première maxime est celle de l’entendement, la deuxième, celle de la faculté de juger, la troisième, celle de la raison. »

Kant, Critique de la faculté de juger, §40.

Ce qui nous amène à évoquer trois devoirs possibles pour commencer et continuer une discussion :

  • Un devoir de tolérance,
  • Un devoir de cohérence,
  • Un devoir de conviction (qu’il faudra lier à un devoir de responsabilité).

22- Le devoir de tolérance

(a) L’intolérance comme refus de discuter

(b) les qualités du tolérant

Une discussion est donc un dialogue où vont être testés, non
pas les opinions, mais les arguments : sont-ils garantis, fondés, quelles objections soulèvent-ils, quelle est leur force ? Au fur et à mesure de la discussion, chaque interlocuteur doit donc s’attendre à devoir changer d’idée : il accepte de juger son opinion à partir des arguments. C’est être de mauvaise foi que de vouloir, dans une discussion, conserver son idée alors que les arguments n’ont pas tenu. Par conséquent, il ne doit ni s’enfermer dans le dogmatisme, pour qui il n’y a qu’une seule vérité absolue, la sienne, ni dans le scepticisme de celui qui doute qu’une vérité unique puisse même exister et qui en déduit à tort que « toute vérité est relative ».

Au contraire, toute véritable discussion ne peut se réaliser qu’entre deux esprits ouverts (admettre et respecter les différences : « la tolérance rend possible l’existence des différences ; les différences rendent nécessaire l’exercice de la tolérance », M. Walzer, Traité sur la tolérance, 1997), critiques (il y a un droit absolu à juger ce qui est faux chez l’autre même quand on ne possède pas la vérité) et conscients et réfléchis (sur le modèle de Socrate qui savait avant tout qu’il ne savait pas) : telle est la tolérance de ceux qui savent que changer d’idées n’est ni impossible ni inutile.

(c) Les difficultés de la tolérance

Problématique de la tolérance :

« Juger qu’il y a de l’intolérable, est-ce toujours une preuve d’intolérance ? »

« Etre tolérant, est-ce tout tolérer ? »

La question de la tolérance ne se pose que dans l’attitude pratique de l’argumentation : ce n’est que dans le domaine de l’opinable (hors de tout réfutable ou démontrable) que le problème se pose.

Si la tolérance est une vertu, celui qui tolère le viol, l’assassinat, la torture, est-il vertueux ? La difficulté de ces questions n’est donc pas dans la réponse, qui ne peut être que « non ! », mais dans l’argumentation de la réponse qui se doit de proposer et de poser des limites : il y a de l’intolérable.

D’un autre côté, il ne s’agit pas de tolérer seulement celui qui pense comme moi : c’est l’autre qui doit être toléré. Mais en même temps, tolérer la souffrance d’autrui ne veut rien dire. La tolérance ne peut donc être étendue à l’infinie, car alors les ennemis de la tolérance auraient beau jeu d’en profiter pour l’anéantir.

Quant à la « tolérance de la dislocation » :

Une tolérance illimitée a pour conséquence fatale la disparition de la tolérance. Si l’on est d’une tolérance absolue, même envers les intolérants, et qu’on ne défende pas la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis, et avec eux la tolérance. Je ne veux pas dire par là qu’il faille toujours empêcher l’expression de théories intolérantes. Tant qu’il est possible de les contrer par des arguments logiques et de les contenir avec l’aide de l’opinion publique, on aurait tort de les interdire. Mais il faut revendiquer le droit de le faire, même par la force si cela devient nécessaire, car il se peut fort bien que les tenants de ces théories se refusent à toute discussion logique et ne répondent aux arguments que par la violence. Il faudrait alors considérer que, ce faisant, ils se placent hors la loi et que l’incitation à l’intolérance est criminelle au même titre que l’incitation au meurtre, par exemple.

Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis.

(i) La limite à ne pas dépasser, c’est celle qui interdirait demain que la tolérance soit encore possible. Il faut tolérer tout ce qui rend possible la tolérance.

L’avenir est donc en quelque sorte le juge de la tolérance et pourtant nous venons de voir que la tolérance ne peut être universalisée, ie accordée à n’importe quel autrui. Voilà donc une vertu qui n’est pas universalisable alors qu’elle n’a de signification que par un engagement dans le futur. Tolérer, ce n’est donc pas respecter. Les hommes ne sont ni des saints, ni des sages : tolérer est donc à leur mesure. La tolérance est donc une vertu, faute de mieux. Une vertu provisoire, en attendant le respect, mais qui est faite pour durer : tolérer du détestable, certes ; le respecter, jamais.

(ii) Les degrés de tolérance (M. Walzer, pp.26-27) :

  • l’acceptation résignée de la différence dans l’intérêt du maintien de la paix (ex : Edit de Nantes)
  • une bienveillant indifférence à la différence (« il faut de tout pour faire un monde »)
  • une sorte de stoïcisme moral fondé sur la reconnaissance de principe selon laquelle les « autres » ont des droits même s’ils les exercent de façon peu plaisante (ex: la corrida)
  • une certaine ouverture à l’autre, une certaine curiosité, peut-être même du respect.
  • l’adhésion enthousiaste à la différence (est-ce encore de la tolérance ?)

(iii) Les niveaux de l’intolérable (P. Ricœur, Lectures I)

  • Au plan institutionnel (celui de l’Etat, de l’Eglise) : tolérer, c’est s’abstenir d’interdire. L’intolérable, c’est « la pulsion toujours renaissante à dire la vérité au lieu de se borner à exercer la justice, ce qui est la suprême ascèse du pouvoir. »
  • Au plan culturel (là où s’expriment les attitudes fondamentales vis à vis d’autrui) : tolérer c’est admettre la différence. L’intolérable, c’est « ce que le consensus conflictuel de ma culture tient pour inacceptable, l’abject, indigne du respect, parce que lui-même sans respect. »
  • Au plan religieux ou théologique (sur lequel s’exerce un certain sens de la vérité, la vérité dans la charité), « l’intolérable, c’est l’intolérant ».

23- Le devoir de logique

24- Le devoir de conviction

La véritable discussion est l’argumentation rhétorique : c’est la controverse. C’est dire que la discussion suppose une opposition de thèses : en ce sens, « l’action de l’orateur est une agression, car elle tend toujours à changer quelque chose, à transformer l’auditeur » (C. Perelman, Rhétorique, p.440). Cette opposition doit être assumée : l’orateur a le devoir de recourir à des thèses que, à son avis, personne ne peut récuser, qui s’imposent à l’interlocuteur comme elles se sont imposées à lui quand il a accompli son devoir d’anticiper les objections : le devoir de conviction suppose un devoir de responsabilité.

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