Mai 292017
 

L'oral de rattrapage

→ L’oral de philosophie (la méthode)

Pour commencer, il faut venir avec :

  • 2 exemplaires de l’oeuvre : il y en a un pour l’examinateur.
  • la liste (format A5) que j’ai remise en fin d’année (vous pouvez l’imprimer en cliquant ici : ne vous trompez pas de série 😥 .).

Vous avez 20 minutes de préparation et autant pour l’épreuve proprement dite.

Ce qu’il faut éviter : réciter un mémo appris par coeur qui ne va pas du tout s’occuper de l’extrait choisi par l’examinateur.

Il faut donc vraiment consacrer les 20 minutes à préparer l’explication linéaire de l’extrait :

  1. Repérer les 6 éléments qui vont cadrer votre explication : thème, problème, thèse, distinction principale, plan et enjeu.
  2. Pour chaque « moment » du texte, formuler une difficulté : à minima de compréhension ; mais essayer de problématiser.

Voici le « timing » de l’épreuve :

  • Introduction (1 mn) : situation de l’extrait dans l’oeuvre (le thème général de l’oeuvre + le thème de l’extrait)
  • Le but est d’arriver à une question, celle dont traite précisément l’extrait.
  • Lecture (2mn) de l’extrait (ce n’est pas tant le « ton » qui importe que le « rythme » : il doit indiquer que vous comprenez la construction du texte).
  • Le plan du texte (1mn).
  • Pour chaque « moment » de l’extrait : repérer, formuler et discuter une difficulté de compréhension (2 mn pour chaque « moment »)
  • Conclure sur le sens général du texte par rapport à l’oeuvre complète et par rapport à une grande notion du programme (1mn)

Tout cela a pris un peu plus de 10 mn ; l’examinateur va maintenant vous interroger à partir de votre explication (il peut rester à l’extrait ou vous interroger sur les notions du programme).

Posted in: L'oral de rattrapage

Descartes a lui-même proposé un abrégé de ses 6 méditations métaphysiques, très utile pour une vision générale de l’oeuvre.

Le plan des 2 premières méditations

Première méditation → Des choses que l’on peut révoquer en doute

§1 : le projet et le programme

§§ 2-6 : douter des sens

§§ 7-11 : douter de l’entendement

§12 : suspension du doute

Deuxième méditation → De la nature de l’esprit humain ; et qu’il est plus aisé à connaître que le corps

§§ 1-3 : reprise résolue (volontaire) du doute

§ 4 : la vérité première (la preuve de l’existence)

§§ 5-9 : la deuxième vérité = je suis une « chose qui pense » (la preuve de la nature de mon esprit)

§§ 10-14 : la preuve de la nature matérielle des corps (pour la preuve de l’existence des choses matérielles, il faudra attendre la 6ème méditation)

§§ 15-18 : la confirmation par les cogitationes de la connaissance – tant l’existence que la nature – de mon esprit.

Méditation I : Des choses que l’on peut révoquer en doute

§ 1 : Le projet et le programme
  • Le projet (cette « entreprise ») : « Établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences » → Descartes cherche une vérité (une « opinion véritable »), par opposition non pas tant à de « fausses opinions » qu’à des « créances » (des croyances) douteuses et incertaines.
  • Le projet : « Commencer tout de nouveau dès les fondements » → S’il s’agissait de lutter contre le faux, n’importe quelle vérité ferait l’affaire ; mais ce que rejette Descartes c’est le « douteux et incertain », c’est-à-dire les opinions pour lesquelles il n’est pas évident de savoir si elles sont vraies ou fausses (ce sont donc plutôt des illusions) : s’il existe des illusions (dans ce cas, on est dans le doute entre vérité et fausseté), c’est à cause de l’absence d’un critère de vérité ; il faut donc chercher une vérité mais sans disposer d’un critère de vérité (qui devrait être vrai ; et donc, si on avait un tel critère, on aurait déjà au moins une vérité) → voilà pourquoi Descartes est à la recherche d’une première vérité (qui sera donc,  la fois, vérité première et critère de la vérité).
  • Le programme (le « dessein ») : « Sérieusement et avec liberté, détruire toutes mes anciennes opinions » → Comment ? Méthodiquement et radicalement.
    • Méthodiquement » → c’est-à-dire en suivant une méthode, celle du doute : en rejetant « au moindre sujet de douter » ← D’ores et déjà, on peut anticiper que si douteux = faux alors vrai = certain = vrai d’un point de vue subjectif = vrai pour un Sujet = vérité du Sujet.
    • Radicalement : fondements = principes = racines de la connaissance → Quelles sont-elles pour Descartes ? Les sens (§§ 2-6), l’entendement (§§ 7-11) et l’imagination ← Par 2 fois (« Supposons », « Je supposerai donc »), c’est l’imagination qui va permettre à Descartes de douter « excessivement » (hyperboliquement) des sens (Hypothèse du rêve) et de l’entendement (hypothèse d’un « certain mauvais génie »).
§§ 2-6 : Douter des choses connues par les sens

§ 2- Il faut commencer par remarquer que par rapport à la méthode qui vient d’être annoncée au §1, ce seul § aurait dû suffire pour rejeter « tout ce que j’ai appris des sens » : le « quelquefois » devrait être suffisant. Pourquoi alors ajouter l’hypothèse de la folie (§3) et surtout celle du rêve (§§4-6) ?

  • Explication 1 : le §2 ne ferait douter que de la nature des choses sensibles alors qu’il s’agit de douter de l’existence des choses sensibles.
  • Explication 2 : le §2 ne ferait que douter de « choses peu sensibles et fort éloignées » ; qu’en est-il pour les choses connues plus « expressément » (suivant l’expression de la 6° méditation) ?
  • Explication 3 : l’hypothèse du rêve va révéler la nature composée des choses perçues : ce qui permettra à Descartes d’approfondir le doute vers des « choses encore plus simples et plus universelles » (§6) ; mais aussi, nous pouvons suggérer que si nous devons devons douter des sens, ce n’est pas parce qu’ils nous trompent (les connaissances de La Dioptrique permettent en effet de rectifier ← Texte 1 page 32) mais parce qu’ils s’exercent en se confondant toujours avec le travail (de composition) de l’imagination (parce qu’il n’y a pas de perception des choses simples → nous percevons toujours des choses composées).

§ 3- Difficile à expliquer car pour rejeter le soupçon de la folie, Descartes ne semble avoir d’autre ressource que de renvoyer à une sorte d’évidence : il faudrait être fou de se prendre pour un fou. Une explication possible est de supposer que l’argument se trouve dans les 3§ suivants, consacrés au soupçon du rêve : le fou serait celui qui compose la réalité n’importe comment : (lignes 46-48) le fou serait un rêveur éveillé ; et inversement, le rêve serait la folie de la nuit.

§§ 4-5-6 Des choses composées par l’imagination à la simplicité de la nature corporelle

  • § 4 : le doute s’exerce dans toute sa puissance, à cause de l’absence de critères (« indices concluants ») pour obtenir des distinctions entre la veille et le sommeil (ligne 58) ; le contraire du « distinct », c’est le « confus » ; le confus, c’est la confusion du vraisemblable avec le vrai comme avec le faux.
  • § 5 : Dans ce §, l’imagination reçoit une double définition : d’une part, elle produit de la ressemblance ← pour pouvoir tromper, il faut que le faux ressemble au vrai, c’est pourquoi il est vrai-semblance. D’autre part, l’imagination a un pouvoir limité : certes elle peut composer mais les éléments qu’elle compose doivent être quelque peu véritables. L’imagination n’a que le pouvoir de combiner, de composer des choses qui existent déjà (Dans la 5° partie du Discours de la méthode si « les machines ne peuvent user de signes en les composant », ce n’est pas taént faute d’imagination que de la raison).
  • § 6 : Descartes poursuit son hypothèse de décomposition (d’analyse) vers les « choses » simples : comme une sirène est un animal composé, alors les parties du corps sont aussi des composés. Quand bien même, les couleurs ou les grandeurs perçues ne seraient pas les véritables, il n’empêche qu’il semble indubitable qu’il y a de la couleur et de la grandeur = quand bien même la nature des choses perçues semble douteuse, il semble indubitable que que ces choses perçues existent en tant que composés de choses plus simples : sauf que ces choses ne sont pas perçues, c’est donc qu’elles sont saisies par l’entendement.
§§ 7-11 : Douter des choses conçues par l’entendement
  • § 7 : Descartes propose une distinction entre la science des choses composées (physique, astronomie, médecine) qui seraient douteuses, car portant sur des choses que l’imagination aurait pu forger par combinaisons fantaisistes, et la science des choses simples (arithmétique, géométrie, etc.) travaillant sur l’étendue, les figures, les quantités, le lieu, le temps, et qui seraient elles certaines. Car « que je veille ou que je dorme, deux et trois joints ensemble formeront toujours le nombre de cinq ». Là où l’hypothèse du rêve avait affaibli la confiance dans les sens, il semble là que la même hypothèse amène à avoir confiance en l’entendement → Comment alors réussir à même en doute l’entendement ?
  • §§ 8-10 : Passer d’un doute sur Dieu à l’hypothèse d’un mauvais génie (omniscient, omnipotent mais sans bonté).
    • § 8 : la volonté divine n’étant pas soumise, Dieu  (« qui peut tout » – ligne 103) aurait donc bien pu créer un monde tel que je me trompe toujours ; mais Dieu aurait pu aussi bien permettre que je me trompe quelquefois que ne pas le permettre → ce § s’appuie sur l’irrationalité de la volonté divine pour refuser d’en tirer la moindre conclusion quant à la possibilité ou l’impossibilité que ce dieu qui soit à la racine de mes illusions.
    • § 9 : Même stratégie dans ce § : Descartes refuse de trancher entre la « fable » de l’existence de Dieu (ligne 121) et ses « opinions » (lignes 129).
    • §10 : Il s’agit dans ce § de transporter la responsabilité du doute, en la faisant porter non plus sur Dieu mais sur celui qui doute :  » J’emploie tous mes soins à me tromper moi-même » (ligne 147). A la fin du  §, Descartes fait explicitement qu’une telle attitude sceptique n’est acceptable que parce qu’il s’agit « de méditer et de connaître », et non pas d’agir (sur ce point précis, le doute s’oppose à la morale provisoire, texte 8 page 417).
  • § 11 : l’hypothèse d’un « certain mauvais génie » → le doute de Descartes devient excessif (ou « hyperbolique »). Comme pour le doute sur les sens, le doute devient hyperbolique à partir d’une supposition effectuée par l’imagination.
    • Le doute porte sur l’existence même de la nature corporelle, tant les « choses extérieures » (ligne 160) que ma propre existence corporelle.
    • La suspension du jugement : c’est là une référence au scepticisme philosophique classique (texte 2 page 287) : Pour Pyrrhon, entre le vrai et le faux, la raison ne peut trancher, la sagesse est alors de suspendre son jugement.
    • « Ce grand trompeur… ne pourra jamais rien imposer » (lignes 169-170) : au plus profond de sa dépression métaphysique, Descartes n’a certes atteint aucune vérité mais il est important de faire remarquer qu’il a conservé tout l’exercice de sa volonté (« soin », « obstination »…) et donc qu’il a préservé sa liberté → le doute métaphysique présuppose une liberté du sujet qui doute et c’est bien la certitude de cette liberté qui va constituer dans la méditation suivante la première des vérités.

Méditation II :

De la nature de l’esprit humain ; et qu’il est plus aisé à connaître que le corps

Le titre de cette 2° méditation donne le plan : après avoir établi l’existence de l’esprit humain (§ 4), Descartes établira que cette esprit est une res cogitans (§§ 5-9), avant de montrer que la puissance de mon esprit connaît avec évidence simplement l’existence de choses matérielles (§§ 10-17), mais pas leur nature.

§§ 1-3 : La reprise du programme
  • § 1 : Reprise de la « même voie » = doute méthodique = traiter le moindre doute comme si c’était faux » → « appris certainement qu’il n’y a rien au monde de certain » = scepticisme socratique (ce que je sais, c’est que je ne sais rien »).
  • § 2 : Reprise de l’objectif = doute radical = trouver un point qui fût fixe et assuré » = sortir du doute (et non pas douter pour douter) = douter pour cesser de douter = doute provisoire.
  • § 3 : Reprise des doutes hyperboliques : quand Descartes a utilisé l’imagination pour douter des sens et de l’entendement → scepticisme classique (= pyrrhonien – texte 2 page 287).
§ 4 : la première vérité
  • « Que sais-je ? » : scepticisme de Montaigne ← c’est le dernier accès de scepticisme de la part de Descartes.
  • Je doute donc je suis : toute l’énumération suppose toujours l’existence d’un sujet qui est trompé, qui imagine, qui doute ; sauf que ce « je » ne peut pas être un corps, c’est donc un esprit. Que l’âme soit plus aisée à connaître que le corps repose sur une distinction essentielle (ontologique) : si corps et âme ne peuvent être connus de la même façon, c’est qu’ils n’existent pas de la même façon. Autrement dit, c’est la différence de substance qui explique la différence de connaissance : voilà ce qu’il faut reconnaître comme vérité première. Le « donc » n’est donc pas une liaison de cause à effet, mais une conséquence logique (rationnelle).
  • Sauf que cette « raison » n’est pas une déduction mais une connaissance immédiate (= une « intuition ») ; c’est cette immédiateté qui est souvent décrite comme « prise de conscience » (et qui tend à présenter Descartes comme un philosophe de la conscience alors qu’il est d’abord le philosophe du Sujet).
  • C’est pourquoi il ne faut pas interpréter le cogito comme la conclusion d’un raisonnement (si c’était le cas, il serait de la forme : « je pense donc je suis » et « je pense » donc – modus ponens – « je suis »). Quand Descartes écrit qu’il « faut conclure », il veut juste dire qu’il faut en « finir » avec le doute : pas plus.
  • Dans le Discours de la méthode (4ème partie), Descartes écrit bien « cette vérité : je pense, donc je suis ». C’est la virgule qui est importante, car elle marque non pas une déduction mais une intuition. C’est pourquoi la formule de la deuxième méditation est plus précise : « la proposition : je suis, j’existe, est nécessairement vraie ».

→ Pour appréhender la suite de cette deuxième méditation, il faut s’appuyer sur deux distinctions :

  1. bien sûr, celle entre l’esprit et la matière, entre la substance spirituelle (définie par la pensée) et la substance matérielle (définie par l’étendue) : entre l’âme et le corps.
  2. entre la question de l’existence (« Est-ce ? ») et celle de la nature (« Qu’est-ce ? »).
Existence Nature
Esprit §4 (suis-je ?) §§ 5-9 (que suis-je ?)
Matière §§ 10- 18 6ème méditation
§§ 5-9 Je suis une chose qui pense, et qui produit des pensées

→ Ce sont les §§ les plus difficiles de cette méditation ; pour les expliquer, il faut :

  • se rappeler que l’on se situe après le cogito, c-à-d après la (première) vérité : cette première vérité fournit donc le point d’appui (voir §2) pour les vérités suivantes.
  • s’apercevoir que les §§ 5-9 vont reprendre le chemin de la 1ère méditation : à la différence que ce parcours ne se fait pas en doutant mais à partir de la vérité.

 

  • §5 : Annonce de l’objectif des §§ qui suivent = répondre à la question de la nature de mon esprit. « Prendre soin » : c’est donc la volonté qui est ici « à la manoeuvre ». Or la 4ème méditation établira que l’erreur provient de l’infinité de la volonté par rapport à l’entendement qui est borné. Par conséquent, même après le cogito, l’erreur est possible. C’est pourquoi Descartes rappelle (voir 1ère des 4 règles de la méthode – texte 4 page 246 → pour qu’une connaissance soit « évidente », elle doit se présenter « clairement et distinctement ») qu’il cherche une connaissance claire de sa nature (= « ce que je suis ») afin de « ne prendre pas… quelque chose d’autre pour moi » (ce qui serait une confusion, c-à-d le contraire de la distinction).
  • § 6 : Inventaire des illusions que je me faisais sur ma nature (que suis-je ?) :
    • Je suis un homme qui est un animal raisonnable : c’est la définition qui remonte à Aristote. Descartes l’écarte au principe qu’elle est trop composée, elle n’est donc pas simple. Or pour le moment, il ne peut connaître clairement que les idées simples (puisque la seule vérité dont il dispose est une vérité simple, celle de l’existence de son esprit).
    • Je suis un corps : il s’agit pour Descartes d’une pensée qui naît d’elle-même de mon esprit : ce n’est donc ni une idée innée (une vérité que Dieu a déposé en moi), ni une idée adventice (venue du dehors), c’est donc une « idée factice » (créée par mon esprit, l’imagination le plus vraisemblablement) → séparé de l’âme, le corps est un « cadavre » (une machine composée).
    • Ce que je ressens, passivement, en tant que « passion » du corps, est donc une « action de l’âme ». Dans ce §6, la nature de l’âme n’est pas connue mais seulement imaginée (ligne 251).
    • Retour à ce que j’imagine être un corps : une figure étendue, perçue et mue = une chose physique (au sens aristotélicien où la physique est la science du mouvement) et non pas psychique.
  • § 7 : Réemploi de l’hypothèse du mauvais génie :
    • Ce réemploi est explicable : il signifie simplement que la seule chose dont je ne peux pas douter est l’existence de mon esprit = quant à l’existence de mon corps, je continue d’en douter.
    • Il faut donc continuer de douter non seulement de l’existence de mon corps mais aussi de tous ces « attributs de l’âme » (ligne 273) qui, en provenance du corps, ne sont donc pas « en moi » (ligne 274), qui sont des « idées adventices ».
    • « Je ne suis qu’une chose qui pense », et rien de plus → la pensée est donc bien l’attribut principal de l’esprit. Etre un esprit et penser, c’est la même chose.
  • § 8 : Mise à l’écart de l’imagination. Qui avait pourtant rendu de grands services dans la première médiation  (pour douter tant des sens que de l’entendement). Pourquoi cette mise à l’écart ? Parce qu’à partir du cogito, je vois clairement que l’imagination ne fournit aucune connaissance distincte (puisque la fonction de l’imagination est de composer. Difficulté : c’est pourtant cette capacité de composition qui, à propos du langage, fait toute la différence (de nature) entre l’homme d’un côté, et les bêtes et les machines de l’autre côté).
  • § 9 (§ phénoménologique) : la chose pensante, c’est « moi ». Ce qui est remarquable dans ce §, c’est l’absence explicite de la « conscience » (à comparer avec la démarche de John Locke pour qui, précisément, ce sera la fonction de la conscience que de rattacher tout « ce qui passe en mon esprit » à ma « personne »). L’évidence ici est celle non plus du cogito, non plus de la connaissance que je suis une chose qui pense, mais celle des pensées (des cogitationes) = penser n’est rien d’autre (ligne 347) que de sentir des pensées en moi, mais qui viennent de moi (elles sont « factices »). Trivialement : il n’y a aucun doute quand je vois, ouïs ou m’échauffe non pas que je perçois quelque chose mais que je suis bien en train d’avoir la pensée que je perçois.
§§ 10-14 : la preuve de la nature matérielle des corps (au sens large de : ce qui existe en dehors de mon esprit)
  • § 10 : Descartes s’étonne que les choses corporelles connues par les sens et qui sont « éloignées » paraissent plus évidentes que celles « qui appartiennent à ma propre nature ». L’explication ne sera fournie que dans la sixième méditation : car il y a une « intimité » (VI, §1) entre le corps et l’âme qui explique que les idées reçues des sens soient « plus vives et plus expresses » (VI, §9) (une idée pour Descartes est une représentation dans l’esprit ← attention, cette « idée » n’est pas l’idée platonicienne qui existe dans un monde intelligible). Descartes y montrera que pour un sujet pensant (au sens large), sentir ce n’est pas tant connaître que vivre.
  • §§ 11-12 : la comparaison entre 2 états du morceau de cire permet à Descartes de faire l’inventaire à la fois de ce qui se distingue (et qui est connu par les sens) et de ce qui ne change pas :
    • ce qui ne change pas est-il connu par l’imagination ou par l’entendement ?
    • il fait une distinction entre 2 types de « qualités » (C’est John Locke qui distinguera entre « qualité première » et « qualité seconde »). Certes la cire n’a pas toujours la même étendue mais elle n’en a pas moins toujours une étendue, une couleur : « quelque chose d’étendu, de flexible et de muable » (ligne 390). Là il faut reconnaître que l’argument utilisé pour refuser l’imagination ne semble pas très convaincant : selon Descartes, je ne saurais imaginer l’infinité des changements ; et pourtant, l’imagination ne peut-elle pas tout imaginer ?
  • §§ 13-14 : Si ce n’est pas par l’imagination que je connais le « quelque chose » qui a la possibilité de changer alors comme ce n’est pas non plus par les sens, c’est que c’est par le seul principe de la connaissance qui reste = l’entendement.
    • Ce « quelque chose » (res) est la matière comme substance distinguée de l’esprit.
    • C’est ce « quelque chose » est ce qui supporte les changements, il reste donc le même dans les changements : sous les changements, il reste le même : c’est cela une sub-stance.
    • Par quoi mon entendement connaît-il ce « quelque chose » ? Par une « inspection de l’esprit » (ligne 414).
    • L’exemple des chapeaux observés de haut permet à Descartes de préciser en quoi consiste cette « inspection de l’esprit » ; ce n’est pas une perception de la chose, c’est un « jugement » ; nous ne voyons pas la même cire, nous jugeons que nous voyons la même cire. Nous voyons des chapeaux, nous jugeons « que ce sont des vrais hommes » (ligne 431).
§§ 15-18 : Que l’esprit est plus aisé à connaître que les corps
  • § 15 : Réaffirmation par Descartes que, dans l’ordre du connaître, il n’en va pas de même que dans l’ordre de l’agir (la première maxime est celle de la modération – texte 8 page 417) : « J’aime mieux passer outre ».
  • §§ 16-18 : il peut donc reprendre le fil du §9 (maintenant que l’objection de l’évidence des choses perçues a été définitivement ramenée à la puissance de l’esprit, et que l’imagination et les sens ont été écartés ← attention, l’évidence dont il est question ici n’est que celle de l’existence des choses corporelles, et non pas de leur nature). Il ne peut pas y avoir de cogitationes sans cogito.
    • § 16 : Si je juge que la cire existe, alors je suis en train de juger, alors je suis.
    • § 17 : Toute l’évidence sur l’existence des choses matérielles ne fait que renforcer l’évidence de ma propre existence et de ma nature d’esprit.
    • § 18 : Le programme de cette deuxième méditation est donc accompli → rien n’est plus facile à connaître que mon esprit. Toute la portée de cette conclusion est explicite dans l’abrégé fourni par Descartes : l’esprit n’est pas la matière, or les corps sont divisibles, donc l’âme puisqu’elle n’est pas divisible est immortelle : « D’où il s’ensuit que le corps humain peut bien facilement périr, mais que l’esprit ou l’âme de l’homme (ce que je ne distingue point) est immortelle de sa nature. ».

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