Avr 102018
 

Thèse : Prendre à la lettre que la technique est un labyrinthe ; à la fois elle est produite par l’homme et pourtant il en perd le contrôle…

Le mythe de Dédale, inventeur du labyrinthe.

 

On raconte que Dédale est athénien ;  il descend d’Héphaïstos, le Dieu du Feu et des Forges, le dieu artisan par excellence. Il a parmi ses ancêtres Eupalamos (« main habile »), Palamaon (« manuel ») ; mais son père est Metion (« l’homme à la mêtis, l’intelligent, le rusé »), et sa mère est Metiadousa (« qui plaît à la mêtis »), ou Iphinoé (« à l’esprit rigoureux ») ou Phrasimède (« celle qui conçoit un plan »).

*

Il commence par créer la statuaire ou, en tout cas, à lui faire accomplir des progrès rapides ; il est le premier à « révéler la figure des dieux » ; ses oeuvres, quasi-vivantes (Cf. Ménon 97d), sont d’une vérité saisissante : « elles semblent regarder et marcher » car « il a décollé les bras du corps des statues ». On lui attribue aussi le mérite « d’avoir ouvert les yeux des statues ». Son habileté est telle qu’on raconte qu’Héraclès (le Hercule latin) se trouvant face à sa propre statue crut avoir affaire à un adversaire et la frappa.

Il invente plusieurs instruments indispensables au charpentier et à l’architecte : la hachette, la colle, la vrille, le fil à plomb.

Mais il a un neveu – si génial qu’il menace de surpasser son oncle – qui invente le tour, le compas, la scie métallique. Dédale, qui le jalouse, le précipite du haut de l’Acropole.

*

Exilé, il se réfugie en Crête auprès du roi Minos. Il y fabrique des statues, une place de danse pour Ariane, la fille de Minos, et une machine ingénieuse : une vache de bois plaqué cuir qui permet à la reine Pasiphaé, dissimulée à l’intérieur, de s’unir au taureau sacré. Elle met alors au monde le Minotaure, monstre contre-nature, moitié homme, moitié taureau.

A la demande de Minos, il construit à Cnossos le Labyrinthe (une représentation spatiale de la notion d’aporie) à l’image de l’esprit qui l’a conçu, où le monstre est enfermé : régulièrement, sept garçons et sept filles, tous athéniens, doivent y être sacrifiés.

Survient Thésée, le cousin de Dédale et héros sans fatigue, pour sauver les jeunes athéniens promis au sacrifice ; pour complaire à Ariane, tombée amoureuse de Thésée, Dédale fournit à celui-ci une pelote de fil qui l’aidera à vaincre le Minotaure et à sortir du labyrinthe. Dédale enseigne alors à Thésée et aux rescapés une danse dont « les figures imitaient les tours et détours du labyrinthe », écrit Plutarque (Cf. de nos jours, le 26 juillet).

Mais Minos apprend tout et, en châtiment, enferme Dédale et son fils Icare dans le labyrinthe. L’artisan fabrique alors des ailes et tous les deux s’envolent pour la première traversée aérienne ; La règle essentielle que Dédale prescrit à Icare est celle de la route droite, à mi-chemin entre le haut et le bas. Mais Icare imprudemment s’élève trop haut dans le ciel et la chaleur du soleil fait fondre la cire qui retenait les plumes, et le jeune homme se noie sous les yeux de son père.

*

Dédale atteint la Sicile où il se met au service du roi Cocalos : il y édifie un barrage, fortifie une citadelle pour y abriter et cacher le trésor royal, aménage sur un rocher à pic le soubassement d’un temple pour Aphrodite, installe un établissement thermal en sachant tempérer par un dosage précis la vapeur brûlante qui sort d’une grotte de Selinonte.

Toutefois, Minos le poursuit toujours de sa haine, le recherchant avec ténacité et astuce : il propose une récompense à qui saura faire passer un fil à travers une coquille d’escargot. Le roi Cocalos soumet ce test d’ingéniosité à Dédale qui est caché chez lui. Celui-ci attache le fil au corps d’une fourmi et l’introduit dans la coquille par un trou percé au sommet. Lorsque la fourmi ressort, le problème est résolu et Minos détecte ainsi la présence de Dédale et le réclame.

Les filles du roi de Sicile, pour garder Dédale (et peut-être l’épouser), l’aideront à ébouillanter Minos dans son bain. C’est ainsi que l’artisan triomphe du souverain vengeur.

On raconte que Dédale est athénien ;  il descend d’Héphaïstos, le Dieu du Feu et des Forges, le dieu artisan par excellence. Il a parmi ses ancêtres Eupalamos (« main habile »), Palamaon (« manuel ») ; mais son père est Metion (« l’homme à la mêtis, l’intelligent, le rusé »), et sa mère est Metiadousa (« qui plaît à la mêtis »), ou Iphinoé (« à l’esprit rigoureux ») ou Phrasimède (« celle qui conçoit un plan »).

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Il commence par créer la statuaire ou, en tout cas, à lui faire accomplir des progrès rapides ; il est le premier à « révéler la figure des dieux » ; ses oeuvres, quasi-vivantes (Cf. Ménon 97d), sont d’une vérité saisissante : « elles semblent regarder et marcher » car « il a décollé les bras du corps des statues ». On lui attribue aussi le mérite « d’avoir ouvert les yeux des statues ». Son habileté est telle qu’on raconte qu’Héraclès (le Hercule latin) se trouvant face à sa propre statue crut avoir affaire à un adversaire et la frappa.

Il invente plusieurs instruments indispensables au charpentier et à l’architecte : la hachette, la colle, la vrille, le fil à plomb.

Mais il a un neveu – si génial qu’il menace de surpasser son oncle – qui invente le tour, le compas, la scie métallique. Dédale, qui le jalouse, le précipite du haut de l’Acropole.

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Exilé, il se réfugie en Crête auprès du roi Minos. Il y fabrique des statues, une place de danse pour Ariane, la fille de Minos, et une machine ingénieuse : une vache de bois plaqué cuir qui permet à la reine Pasiphaé, dissimulée à l’intérieur, de s’unir au taureau sacré. Elle met alors au monde le Minotaure, monstre contre-nature, moitié homme, moitié taureau.

A la demande de Minos, il construit à Cnossos le Labyrinthe (une représentation spatiale de la notion d’aporie) à l’image de l’esprit qui l’a conçu, où le monstre est enfermé : régulièrement, sept garçons et sept filles, tous athéniens, doivent y être sacrifiés.

Survient Thésée, le cousin de Dédale et héros sans fatigue, pour sauver les jeunes athéniens promis au sacrifice ; pour complaire à Ariane, tombée amoureuse de Thésée, Dédale fournit à celui-ci une pelote de fil qui l’aidera à vaincre le Minotaure et à sortir du labyrinthe. Dédale enseigne alors à Thésée et aux rescapés une danse dont « les figures imitaient les tours et détours du labyrinthe », écrit Plutarque (Cf. de nos jours, le 26 juillet).

Mais Minos apprend tout et, en châtiment, enferme Dédale et son fils Icare dans le labyrinthe. L’artisan fabrique alors des ailes et tous les deux s’envolent pour la première traversée aérienne ; La règle essentielle que Dédale prescrit à Icare est celle de la route droite, à mi-chemin entre le haut et le bas. Mais Icare imprudemment s’élève trop haut dans le ciel et la chaleur du soleil fait fondre la cire qui retenait les plumes, et le jeune homme se noie sous les yeux de son père.

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Dédale atteint la Sicile où il se met au service du roi Cocalos : il y édifie un barrage, fortifie une citadelle pour y abriter et cacher le trésor royal, aménage sur un rocher à pic le soubassement d’un temple pour Aphrodite, installe un établissement thermal en sachant tempérer par un dosage précis la vapeur brûlante qui sort d’une grotte de Selinonte.

Toutefois, Minos le poursuit toujours de sa haine, le recherchant avec ténacité et astuce : il propose une récompense à qui saura faire passer un fil à travers une coquille d’escargot. Le roi Cocalos soumet ce test d’ingéniosité à Dédale qui est caché chez lui. Celui-ci attache le fil au corps d’une fourmi et l’introduit dans la coquille par un trou percé au sommet. Lorsque la fourmi ressort, le problème est résolu et Minos détecte ainsi la présence de Dédale et le réclame.

Les filles du roi de Sicile, pour garder Dédale (et peut-être l’épouser), l’aideront à ébouillanter Minos dans son bain. C’est ainsi que l’artisan triomphe du souverain vengeur.

1- Peut-on affirmer que toute technique en général est caractérisée par :

  •  l’ambivalence (qu’il ne faut pas confondre avec la neutralité) : quelle est la valeur de la technique, est-elle un bien ou un mal, la cause du bonheur ou celle du malheur, est-elle une bénédiction ou une malédiction pour l’humanité ? Peut-on aller jusqu’à penser que la technique, comme une pièce de monnaie, a toujours 2 faces, l’une qui est bénéfique et l’autre qui est maléfique, et que tout progrès entraîne une régression (sinon des regrets), que toute avancée technique signifie aussi un recul (social ou moral).
  • l’imprévoyance : le technicien ne se préoccupe que de la question des moyens et peu lui importe le but (= la fin) de son activité. Ne voyant que l’(o)utilité présente de l’outil, le technicien ne prévoit pas les conséquences à venir de ses actes. La technique, dans ce cas, constituerait une menace pour l’avenir : ne faudrait-il pas alors équilibrer cette menace par une responsabilité dès aujourd’hui quant à ces générations futures qui risquent de devoir payer le prix de notre insouciance ?

Les outils de charpentier inventés par Dédale – la hachette, la colle, la vrille, le fil à plomb – peuvent illustrer ce premier thème d’une ambivalence de la technique :

  • Si la hachette sépare, la colle répare : ce qui est collé ne peut plus être séparé que par la force, et ce qui a été divisé peut être de nouveau réuni par la colle. La technique du charpentier doit donc à la fois pouvoir rassembler et diviser.
  • La colle permettra plus tard l’évasion de Dédale du Labyrinthe mais en fondant elle causera la mort de son fils Icare. Le fil permettra à Thésée et Ariane de sortir du labyrinthe ; et c’est un fil qui mettra Minos sur la piste de Dédale.

2- Dans chacun des trois grands épisodes de la vie de Dédale, à Athènes, en Crête et en Sicile, on peut voir comment la technique est autant source de vie que source de mort.

  • Quand il est à Athènes, Dédale donne quasiment la vie aux statues qu’il fabrique à tel point « qu’elles semblent marcher et regarder » et que Hercule frappe sa propre statue. D’un autre côté, et peut-être parce que l’habileté technique (celle pour qui tous les moyens sont bons) lui fait mettre de côté toute interrogation morale (pour qui, au contraire, la fin ne doit pas justifier les moyens), il précipite du haut de l’Acropole son neveu qui menace de le surpasser.
  • En Crête, son ingéniosité permet à la reine Pasiphaé de mettre au monde, de donner la vie, au Minotaure. D’un autre côté, la technique est la cause de la mort des jeunes athéniens qui doivent régulièrement être sacrifiés dans le labyrinthe ; et aussi la cause de la mort de Icare.
  • En Sicile, le bain de vapeur (les thermes) inventé par Dédale permet d’améliorer le confort et la qualité de la vie mais, devant la menace représentée par Minos, il permet aussi de le mettre à mort en l’ébouillantant.

3- Quand, par la technique, l’homme veut imiter les dieux et s’élever jusqu’à eux, qu’arrive-t-il ?

La célébrité de Dédale débute quand il invente les statues en mouvement : il se prend alors pour un dieu et c’est pourquoi, il ne peut supporter d’être concurrencé par son neveu : voulant être comme un dieu, il ne se conduit en fait que comme un animal qui supprime son rival. De plus, que ce soit avec l’exemple de la statue d’Hercule, avec celui du Minotaure qui résulte de l’union contre-nature d’une femme et d’un animal sacré (donc divin) ou avec celui d’Icare qui veut s’élever jusqu’au divin soleil, il est aisé de comprendre que si les hommes veulent s’élever au dessus de leur humaine condition au moyen de la technique, alors le risque encouru est de provoquer la violence, la monstruosité ou plus radicalement encore, la mort.

4- En quoi Dédale est-il imprévoyant ?

Chacune des inventions de Dédale est la cause d’un futur malheur, et bien souvent il en est même la victime principale. Il assassine son neveu comme s’il ne prévoyait pas qu’il serait banni d’Athènes. Il fabrique une machine qui donnera naissance à un monstre et du coup il doit bâtir le labyrinthe dans lequel de jeunes athéniens mourront et dans lequel il sera à son tour enfermé. En fournissant à Thésée le fil d’Ariane, il est condamné par le roi Minos à être enfermé dans son propre labyrinthe. Les ailes qui lui permettront de s’évader causeront la mort de son fils. En Sicile, il résout l’énigme du fil de la coquille d’escargot sans se douter qu’il signale ainsi sa cachette à Minos.

5- A partir de cette vie de Dédale, on peut montreren quoi  ni la ruse ni l’habileté ne sont la sagesse.

Etre sage, c’est être responsable dans ses actes et des paroles : et le meilleur moyen pour pouvoir assumer ses actes et ses paroles, c’est d’être  raisonnable. Le sage est donc celui qui agit et parle avec raison.

Mais l’homme habile et rusé n’est pas un fou, il utilise aussi sa raison : pour trouver le meilleur moyen possible, il calcule, il réfléchit. Mais alors pourquoi n’est-il pas un sage ? Parce qu’il ne fait qu’un usage rationnel de sa raison : le raisonnement ne fournit au technicien que des  moyens, et non pas des buts.

Il est donc possible de distinguer deux usages de la raison : dans l’usage raisonnable, ma raison me fournit le but et ce but est raisonnable : par conséquent, il n’y a pas d’ambivalence dans l’action raisonnable puisque sa fin est bonne et, deuxièmement, l’homme raisonnable n’est pas imprévoyant ; réfléchir c’est déjà anticiper les conséquences de son acte. C’est le contraire dans l’usage rationnel : peu importe la fin, qu’elle soit bonne ou mauvaise, la raison  ne fournit que le meilleur moyen possible pour la réaliser. Dans ce cas, la raison ne vise qu’à l’habileté et à la ruse, non pas à la sagesse. On peut rajouter que dans le cas d’un usage seulement rationnel de la raison, si donc le moyen est rationnel, d’où vient le but ? Non pas de la raison, mais de son contraire, la passion : ainsi  nous voyons que Dédale est jaloux (le meurtre de son neveu) et vaniteux (quand il ne sait pas résister au plaisir de résoudre l’énigme du roi Minos).

6- [exemple d’introduction] Peut-on critiquer l’usage de la technique ?

Si Dédale construit le Labyrinthe, c’est pour y enfermer le Minotaure, ce monstre mi-humain, mi-taureau que la femme du roi Minos a engendré grâce à une ingénieuse machine fabriquée précisément par Dédale. Il y sera à son tour emprisonné avec son fils Icare pour avoir fourni à Thésée le fameux fil d’Ariane : pour s’en évader, il invente des ailes de cire et de plumes qui seront la cause de la mort d’Icare. Si Dédale à la fin de sa vie réfléchit à l’usage que lui et d’autres ont pu faire de ses inventions, que peut-il en penser ?

Car si d’un côté, sa technique a quelquefois pu apparaître comme une source de vie, les conséquences ont souvent été malheureuses, et dans certains cas mortelles. La technique est-elle alors, d’une façon plus générale, une source de bonheur ou de malheur, est-elle une bénédiction pour l’humanité dont il faut se réjouir ou une malédiction qu’il faut à tout prix critiquer ? En effet, il n’y aurait pas des bonnes techniques et des mauvaises, mais ce serait la même technique qui, suivant l’usage qu’on en ferait, serait avantageuse ou dangereuse.

Il semble donc que ce n’est pas la technique qui serait critiquable mais son utilisation. Autrement dit, peut-on critiquer l’usage de la technique ?

Certes, un marteau ne semble en soi ni bon ni mauvais ; en vue du bricolage, il est utile mais en vue d’un meurtre, il est dangereux. Autrement dit, la technique ne semble fournir que des moyens au service de buts et de fins, et c’est eux qu’il faudrait critiquer. Pourtant, quand on voit à quel point l’imprévoyance de Dédale révèle son irresponsabilité morale, quand on s’aperçoit que ce qui est présenté comme « progrès technique » n’est que la course insatiable des solutions techniques à des problèmes techniques, peut-on rester aussi « candide » ? Suffit-il même de suggérer qu’il faudrait distinguer entre technique et technologie pour échapper à toute critique ?


Questions de contrôle de connaissances sur le Travail et la Technique (printemps 2017)

  1. Quelle est la différence entre « travail » et « oeuvre » pour Hannah Arendt ?
  2. Une question sur les définitions philosophiques de : activité, travail, bénévolat, esclavage, métier, emploi.
  3. En quoi le statut du « travail » a-t-il changé entre les « temps anciens » et les « temps modernes » ?
  4. Quels sont, selon Platon, les objectifs, de la vie en société ?
  5. Quels sont les « gains » que l’on peut espérer de la division sociale du travail ?
  6. Définition du travail chez John Locke.
  7. De quoi une personne est-elle propriétaire selon John Locke ?
  8. Pourquoi selon Marx le travail manifeste-t-il la supériorité de l’homme sur l’animal ?
  9. En quoi le salaire est-il le « prix » du travail » ?
  10. Quelles différences peut-on faire entre « travail abstrait » et « travail concret » ?
  11. En quoi consiste selon Marx le « travail aliéné » ?
  12. Pourquoi Hannah Arendt a-t-elle écrit « Une société de travailleurs privés de travail, on ne peut rien imaginer de pire » ?
  13. Une question sur les différentes « médiations techniques » selon Gilbert Simondon ?
  14. Quels sont les 4 caractéristiques de la technique selon Jacques Ellul ?
  15. Comment comprendre que « les modes d’emploi » des objets techniques sont des « modes de vie » ?

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